Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. (article 35 de la Déclaration des droits de l’homme – 1793)

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Le 15 mai 1871, tandis que sur les dernières barricades les communards résistaient héroïquement, le jeune poète Arthur Rimbaud, âgé de 17 ans, rédigeait un pamphlet contre les Versaillais Chant de guerre parisien dans lequel il prend le parti des insurgés et critique avec véhémence le pouvoir en place.

Le 15 mai 2012, François Hollande, fraîchement élu président de la République, rendait hommage à Jules Ferry, l’un des pires ennemis et bourreaux de la Commune de Paris, dont pourtant les socialistes revendiquaient les idéaux ! 

Jules Ferry exécra les idées nouvelles et révolutionnaires qui bouillonnaient au cœur de la capitale. De leur côté, les parisiens : ouvriers, intellectuels, francs-maçons nombreux à rejoindre les rangs de la Commune, socialistes et libertaires, détestaient cet avocat arriviste et opportuniste, qu’ils affublèrent de sobriquets explicites : Ferry famine ou Ferry l’affameur lorsque, maire de la ville assiégée par les prussiens au cours du terrible hiver 1870, et chargé du ravitaillement, il fut non seulement incapable de l’organiser mais il détourna à son profit une grande partie des denrées alimentaires faisant fortune sur la famine qui décimait les habitants ; Ferry l’allemand, à cause de sa complaisance envers Bismarck après la capitulation et l’armistice que signa le gouvernement dit de Défense nationale dont il était membre ; Ferry massacre, parce qu’il réprima impitoyablement les soulèvements populaires d’octobre 1870 et de janvier 1871, mais aussi parce qu’il fut parmi les premiers responsables de l’hécatombe durant la semaine sanglante qui compta par milliers les exécutions sommaires ; enfin  Ferry Tonkin ou Ferry le Tonkinois, pour l’envoi de troupes "civilisatrices" en Tunisie, en Afrique noire, à Madagascar, au Vietnam et plus spécialement au Tonkin où l’armée française tua, tortura, viola les femmes, pilla les ressources et réduisit en esclavage la population …C’est sans doute tout cela que François Hollande appelle par euphémisme, ses égarements politiques !

Ce dominateur, assoiffé de pouvoir, ce possédé d’autoritarisme (article de la célèbre journaliste Séverine sur Jules Ferry – mars 1893), ce colonisateur raciste, était aux antipodes des aspirations généreuses, humanistes et internationalistes des femmes et des hommes de la Commune qui conçurent et mirent sur pied, en  à peine 72 jours, une œuvre foisonnante et étonnament actuelle.

Sur le plan démocratique : la Commune instaure la démocratie directe reposant sur une citoyenneté active. Les élus, soumis à un mandat impératif, sont révocables s’ils ne tiennent pas leurs engagements.

Sur le plan social : elle abolit le travail de nuit ; interdit les amendes et retenues sur salaires ; combat le chômage en créant des bureaux municipaux d’embauche ; s’oppose à l’expulsion des locataires qui sont exonérés des loyers encore dus ; réquisitionne les logements vacants ; récupère et gère en coopératives les ateliers abandonnés par leurs propriétaires ; fait remettre gratuitement les outils et ustensiles de ménage déposés au Mont de Piété ; rétablit le moratoire sur les loyers et les échéances ; octroie une pension aux épouses ou compagnes et aux enfants légitimes ou non des fédérés tués au combat ; établit la gratuité de la justice.

Sur l’émancipation des femmes : la première organisation populaire féminine de masse l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés voit le jour ; la Commune décrète les salaires identiques pour les institutrices et les instituteurs ; officialise l’union libre ; crée des ateliers féminins autogérés ; met en place une école professionnelle de filles ; lutte contre la prostitution; associe les femmes à la gestion municipale dans plusieurs arrondissements.

Sur l’internationalisme : les étrangers sont des citoyens à part entière. Beaucoup participent à la Commune. Certains ont des responsabilités importantes comme le hongrois Léo Fränkel nommé ministre du Travail, les généraux polonais Dombrowski (tué sur les barricades) et Wroblewski qui assument des commandements militaires et l’aristocrate russe Elisabeth Dmitrieff qui dirige l’Union des Femmes.

Deux décisions phares suffiraient à elles seules à honorer hautement la Commune si sa mémoire n’avait été salie, outragée, muselée par ceux-là même qui, non contents de l’assassiner, la réduisirent à une simple jacquerie urbaine et les communards à des bandits sans foi ni loi !

La première mesure est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, décrétée le 3 avril 1871, mettant fin au Concordat napoléonien et ses corollaires : la suppression du budget des cultes et la laïcisation des services publics.

La seconde, sous l’impulsion de la Commission de l’enseignement mise en place dès le 29 mars 1871, est l’instauration de l’école laïque, gratuite et obligatoire, avec application de l’égalité entre filles et garçons, la création de l’enseignement professionnel pour les deux sexes et le débat sur la réforme de l’enseignement.

La loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat ne fut promulguée officiellement qu’en 1905 soit trente quatre ans plus tard. Quant à Jules Ferry – qui mérite un autre surnom Ferry l’usurpateur – onze années s’écouleront avant que son nom entre dans l’Histoire comme le bâtisseur de l’école de la République, occultant sciemment les véritables initiateurs. Et puis, s’il veut une école anti-confessionnelle, il ne veut surtout pas d’une école où seraient enseignées les conceptions socialistes qu’il a tant combattues. Il le dit clairement devant le Conseil général des Vosges en 1879 où toute sa haine de la Commune ressort intacte : "Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. Si c’est état de choses se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes totalement opposés, inspirés d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871".

Mais en dépit de ses détracteurs, de ceux qui l’ont ensevelie sous une chape de mensonges et de calomnies, qui dénaturèrent ou s’approprièrent ses réalisations, de la peur que les partageux inspirèrent aux nantis, la Commune est une étoile qui éclaira le ciel de l’humanité, laissant dans son sillage ces mots lumineux qu’elle mit en pratique le temps de son éphémère existence : Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité !

Non, la Commune n’est pas morte ! 

Et comme l’écrivait Victor Hugo : Le cadavre est à terre mais l’idée est debout ! 

Poisson-chat (29 mars 2013)

 

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