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Comme tous les ans, la journée internationale des droits des femmes a donné lieu, de la part des médias, à des commentaires sur les disparités qui continuent d’exister, chez nous, entre hommes et femmes, tant dans le travail et les salaires, que dans la vie familiale et sociale ; rien de bien original en somme ! Mais il ne faut pas oublier les violences verbales et physiques qu’elles subissent et penser à toutes ces femmes qui, à travers le monde, n’ont guère de droits voire pas de droits du tout.

En cette journée, initiée par Clara Zetkin en 1910, comment ne pas évoquer les femmes – trop souvent occultées – qui ont jalonné l’Histoire, tout particulièrement les femmes de la Commune de Paris à qui nous devons tant !

Plusieurs sont devenues célèbres, comme Louise Michel, Elisabeth Dmitrieff ou Nathalie Lemel mais des milliers restent inconnues. Une majorité d’entre elles était des ouvrières et quelques-unes, convaincues par les concepts féministes et socialistes, venaient de milieux aisés. Toutes furent admirables de vaillance, d’ardeur et d’abnégation.

Le 18 mars, premier jour de la Commune, se sont elles qui appellent à l’insurrection. Louise Michel ainsi qu’un grand nombre de parisiennes empêchent la troupe envoyée par le gouvernement, de récupérer les canons de la butte Montmartre et elles convainquent les soldats de fraterniser avec les insurgés en mettant crosse en l’air.

Le 9 avril 1871, sous l’impulsion d’une  ouvrière relieuse : Nathalie Lemel  et d’une institutrice, aristocrate russe :  Elisabeth Dmitrieff,  "l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ", première association féminine organisée, voit le jour.

Le Comité central de l’Union des femmes qui comprend, outre ces deux militantes, Marceline Leloup (couturière), Blanche Lefèvre (blanchisseuse), Aline Jacquier (brocheuse), Thérèse Collin (chaussonnière), Aglaë Jarry (relieuse), publie des manifestes et organise des réunions publiques dans les arrondissements et quartiers de la capitale. Le 12 avril, le premier appel aux femmes est placardé sur les murs de Paris et dit en résumé : " Nos ennemis, ce sont les privilégiés de l’ordre social actuel, tous ceux qui ont toujours vécu de nos sueurs, qui se sont engraissés de notre misère … L’heure décisive est arrivée. Il faut que c’en soit fait du vieux monde ! Nous voulons être libres ! … "

Le Comité fait fonctionner des fourneaux et des ambulances, reçoit des dons en argent ou en nature, destinés aux blessés, aux veuves et aux orphelins. Tout en poursuivant ces actions d’entraide et de solidarité, il n’oublie pas le travail de revendication, d’éducation et de combat, enregistrant les citoyennes qui veulent s’enrôler pour la défense de Paris.

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L’Union des femmes, organisation sérieuse et responsable, établit  un  programme révolutionnaire. Elle réclame l’égalité des salaires, l’organisation d’ateliers autogérés, des écoles professionnelles et des orphelinats laïques, des cours du soir pour adultes, des crèches et l’aide aux mères non mariées afin qu’elles ne sombrent pas dans la prostitution. Elle reconnaît l’union libre et une pension est versée aux veuves des gardes nationaux tués au cours des affrontements, mariés ou non, ainsi qu’à leurs enfants légitimes ou naturels Elle obtient la  fermeture des maisons de tolérance et la suppression de la  prostitution considérée comme " une forme d’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines ". Elle refuse l’interdiction de la presse de droite, prônant " la liberté sans rivages " de Jules Vallès. Elle obtient le vote des femmes et des étrangers et, enfin, elle applique, bien avant la loi de 1905, le principe de séparation des Eglises et de l’Etat dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, en excluant les religieuses. Cette dernière décision est importante car elle marque, en général, la tendance anticléricale très importante chez les femmes de la Commune.

Les idées, qui les animent, sont celles de la Révolution sociale et du socialisme authentique et non celui à l’eau de rose bien pâlichonne que nous connaissons actuellement ! Ces femmes acclament la " République universelle ", " la suppression de tous les privilèges, de toutes les exploitations ", " la substitution du règne du travail à celui du capital " et rappelle que " toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes, constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes ".

Si les femmes de la Commune sont des novatrices, des organisatrices, elles sont aussi d’audacieuses combattantes. D’aucunes affrontent le danger et la mort comme cantinières ou ambulancières ; d’autres, armées de fusils, tirent sur les assaillants et jusqu’au dernier jour elles se battent tout en ranimant le courage défaillant de certains de leurs compagnons.

La répression, qui s’ensuit contre elles, est terrible. Quand elles sont prises les armes à la main, elles sont fusillées sur le champ. Les prisonnières, en attendant une parodie de procès, sont emmenées au sinistre camp de Satory, sous les quolibets, les insultes, les coups de la foule imbécile des bourgeois versaillais.  A l’instar de Louise Michel, elles affrontent leurs juges avec beaucoup de cran et de dignité, revendiquent leurs actes et sont condamnées à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Elles voyagent durant cent vingt jours sur de vieilles frégates, dans des conditions abominables et encagées comme des bêtes.

Beaucoup plus que les Communards, elles sont calomniées, salies, humiliées, traitées de putains ou de pétroleuses par les vainqueurs et les journaleux réactionnaires à leurs bottes, ce qui prouve la place importante qu’elles occupèrent durant cette épopée révolutionnaire qui dura soixante douze jours et la terreur qu’elles inspirèrent aux nantis.

Au cours des années passées dans les bagnes, elles continuent de se rebeller et défendent  sans cesse avec énergie et fierté leurs droits d’emprisonnées politiques.

A travers la bravoure et le dévouement formidable d’une jeune ambulancière, Louise, tuée en portant secours aux blessés, et qu’il rencontre le dimanche 28 mai sur l’ultime barricade de la rue Fontaine-au-Roi, Jean-Baptiste Clément, en lui dédiant sa célèbre chanson Le Temps des Cerises, rend un vibrant hommage aux femmes héroïques de la Commune de 1871, la plupart de simples ouvrières qui ont payé très cher leur lutte pour la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Poisson-chat (18 mars 2012)

Commune de Paris[1]