Les écrits passés et présents de Poisson-chat

30 octobre 2017

LA MAKHNOVTCHINA

 

 

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Admirée ou honnie, la Révolution d’octobre a cent ans. Des commémorations, des émissions, des articles lui sont consacrés mais qui parlera de la Makhnovtchina sans laquelle la révolution russe n’aurait pu vaincre ?

Tout commence en 1917, lorsqu’après  neuf ans passés dans les geôles du tsar, un jeune anarchiste ukrainien autodidacte, Nestor Ivanovitch Mikhnienko, dit Makhno, fonde dans sa ville natale de Goulaï-Polé où il est né en 1889, « l’Union des paysans de Goulaï-Polé ». C’est un soulèvement de paysans misérables, hommes libérés de tout préjugé nationaliste, religieux et raciste, qui entrent en lutte contre le fermage et les privilèges des seigneurs terriens.

Lorsqu’en mars 1918, le traité de Brest-Litovsk, signé par Lénine, ouvre les portes de l’Ukraine aux occupants germaniques, Makhno prend la tête d’un groupe d’insurgés. Un an plus tard, ce sont 30.000 volontaires qui lèvent le drapeau noir face à toutes les trahisons.

En novembre de la même année, les austro-allemands évacuent Goulaï-Polé mais Makhno est menacé par deux autres dangers : l’armée blanche de Denikine et les bolcheviks qui veulent étendre leur pouvoir sur toute l’Ukraine et intégrer l’armée insurrectionnelle à l’armée rouge.

Makhno se bat  avec un courage surhumain. Malgré les coups bas, les campagnes  mensongères, les exécutions d’anarchistes, il fait front commun avec les bolcheviks lorsqu’il y a danger et que les armées blanches menacent la Révolution. Excellent stratège, faisant déplacer son infanterie dans de légères voitures à cheval, les « tatchanki », il est insaisissable et surprend ses adversaires là où ils ne l’attendent pas.

En août 1919, Makhno  et ses partisans affrontent Denikine tandis que les bolcheviks le prennent à revers. En dépit des pertes nombreuses qui déciment ses rangs, il repousse toutes les attaques et, en septembre, remporte la victoire décisive de Peregonovska, stoppant les Blancs dans leur marche sur Moscou. « L’honneur d’avoir anéanti, en automne de l’année 1919, la contre-révolution de Denikine revient principalement aux insurgés malkhnovistes », écrit Pierre Archinov (Histoire du mouvement makhnoviste).

Profitant de ce succès, le comité central du parti communiste, en janvier 1920, déclare la Makhnovtchina hors-la-loi.  Décimée par les combats et le typhus, l’armée de Makhno se trouve devant un autre péril : Wrangel qui a succédé à Denikine à la tête de l’armée blanche. L’armée rouge, en partie bloquée en Pologne a de nouveau besoin de Makno qui n’hésite pas à s’y rallier en échange de l’amnistie pour tous ses hommes. Grâce aux renforts des combattants makhnovistes, Simferopol en Crimée tombe le 14 novembre et les Blancs sont définitivement vaincus.

Aussitôt, Lénine en parfait accord avec Trotski, commande d’anéantir la Makhnovtchina. L’armée rouge, les organisations du parti, de l’Etat et la Tchéka sont mobilisés pour l’abattre.

Les compagnons de Makhno sont traqués, arrêtés, fusillés. Ce dernier, gravement blessé, est transporté sur une charrette et, dans chaque village, les paysans qui vouent un véritable culte à celui qu’ils surnomment « bakto » (petit père) et une haine farouche aux bolcheviks, l’aident et le cachent.

Beaucoup sont torturés ou exécutés sommairement mais la lutte est trop inégale et, le 29 août 1921, avec deux cent cinquante survivants, Makhno franchit la frontière roumaine et met fin à une incroyable poursuite.

Après bien des pérégrinations à travers les pays où il séjourne, il gagne la France en 1925. A Paris, il subsiste difficilement en faisant des petits boulots, en rédigeant quelques articles pour des revues anarchistes et grâce aussi aux collectes faites par le journal Le Libertaire. Il meurt le 25 juillet 1934 à l’hôpital Tenon et est incinéré au cimetière du Père-Lachaise.

Simple paysan au tempérament hors du commun, impitoyable avec les exploiteurs et leurs sbires, compatissant avec les malheureux, violent mais généreux, il fut avant tout un compagnon désintéressé qui essaya de réaliser, dans un contexte unique et confus, une société sans autorité, où les hommes libres et responsables prenaient leur destin en main. Durant cette courte période et sur un vaste territoire, la société rurale fut organisée selon les principes de l’autogestion par des paysans qui se réclamaient de l’anarchie. Ils eurent à se défendre contre les agressions permanentes et multiples si bien que le mouvement makhnoviste eut d’abord à mener, pour survivre, une guerre de guérilla qui épuisa ses forces et fit obstacle à ses projets d’organisation sociale.

 L’un des premiers, Makhno dénonça l’imposture d’un parti totalitaire qui feignait de s’appuyer sur les couches populaires pour mieux imposer sa dictature. Il devint, dès lors, l’homme à éliminer, lui qui disait : « Nous ne vaincrons pas pour répéter l’erreur des années passées, celle de remettre notre sort à de nouveaux maîtres. »

 Ayant à leur solde la presse et la littérature les bolcheviks, maîtres incontestables de la calomnie et de la manipulation, après avoir trahi  et écrasé impitoyablement les makhnovistes, ont voulu poursuivre  Makhno au-delà de sa mort pour en réduire l’importance historique et le présenter sous les traits d’un bandit anarchiste, fanatique et sanguinaire à défaut de le rayer des pages d’histoire. Ils ont voulu effacé l’idéal libertaire et fraternel du combat de la Makhnovtchina qui, s’adressant aux travailleurs de la terre leur lançait cet appel : « Prolétaires du monde entier, descendez dans vos propres profondeurs, cherchez-y la vérité, créez-la vous-mêmes ! Vous ne la trouverez nulle part ailleurs ».

Makhno transforma,  par ses aptitudes militaires et sa forte personnalité,  une révolte qui aurait pris la tournure d’une immense jacquerie comme ce fut le cas dans les régions voisines.  Il fut, sa vie durant, « Avec les opprimés contre les oppresseurs, toujours ! », l’une des devises brodées sur les drapeaux noirs de la Makhnovtchina.

Poisson-Chat (Octobre 2017)

 

Sources : La Révolution inconnue (Voline)

 

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10 juillet 2017

SIMONE VEIL - QUI LEUR RENDRA HOMMAGE ?

 

LA LOI

 

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis … (Simone de Beauvoir - 1949).

         

 

 

 La mère, porteuse de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, vient de nous quitter. Les louanges sont unanimes, les portes du Panthéon grandes ouvertes. Dans ce concert d’éloges qu’aucune fausse note ne trouble, je viens glisser un léger bémol. Politicienne de droite, conservatrice, Simone Veil n’alla pas au bout de son humanisme et se déclara contre le Mariage pour Tous avec les conséquences néfastes que cela impliquait pour les enfants des couples homosexuels.

          Je ne partageais pas ses idées mais c’était son droit et sa liberté de penser autrement. En revanche, ce qui me choque c’est, le 13 janvier 2013, sa participation au côté de son mari, drapeau à la main, à la Manif pour Tous.

          Qu’allait-elle faire parmi les ennemis jurés de l’IVG qu’ils avaient combattue avec une violence inimaginable et que beaucoup aujourd’hui voudrait supprimer ou, à défaut, dérembourser, fragilisant davantage les plus démunies ?

       Qu’allait-elle faire au milieu de la foule des cathos bornés, des intégristes religieux, des membres du Front National qu’elle détestait tant ?

          Qu’allait-elle faire, elle l’ancienne déportée qui avait vécu l’enfer des camps de concentration, avec des rebuts de l’Oeuvre Française, mouvement nationaliste, pétainiste et antisémite ?

          Qu’allait-elle faire dans cette galère ?

          En dépit de cela, je remercie cette femme meurtrie dans sa chair et son cœur par la barbarie nazie, qui eut le courage, la ténacité, la dignité de soutenir sa loi  face à une horde hystérique de fanatiques mâles (dont beaucoup étaient de son propre parti) vociférant des injures, des paroles ignominieuses, voire des menaces à son encontre tandis que les sept députées sur les neuf femmes que comptait alors l’Assemblée Nationale, présentes ce jour là, écoutèrent sans broncher les propos abjects de ces enragés hypocrites !  

          Madame Veil mérite les témoignages de reconnaissance de mes semblables et surtout des jeunes générations qui n’ont pas connu l’horreur des avortements clandestins et dont la seule et efficace façon de l’honorer est de rester vigilantes car cette conquête, arrachée après plus d’un siècle de luttes, est en danger. En effet, la fermeture de nombreux centres IVG allonge la liste des demandes non satisfaites dans les délais légaux et pénalise les femmes qui n’ont pas les moyens de se rendre à l’étranger.

          Il était donc juste de saluer la force de caractère et la générosité d’une personnalité qui a marqué son époque.

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            Mais qui rendra hommage aux victimes anonymes de l’obscurantisme et du machisme ? A ces mortes du tétanos, de septicémie, à ces mutilées qui eurent recours à l’aiguille à tricoter ou à la sonde entraînant souvent des hémorragies et l’hospitalisation d’urgence sous le regard réprobateur des ambulanciers et des personnels soignants et sous celui, glacial et sans compassion, de certains médecins bien-pensants qui pratiquaient le curetage à vif en disant : « La prochaine fois, elle ne recommencera pas » !

          Qui rendra hommage aux premières militantes du planning familial, à celles du M.L.F. qui rassembla des femmes de tous les horizons s’unissant pour exiger des droits qu’on leur refusait et pour ouvrir les yeux de leurs concitoyennes prisonnières du carcan social forgé par les hommes ?

          Qui rendra hommage aux milliers de manifestantes défilant, au début des années 70,  dans les rues des villes pour obtenir ce droit fondamental de disposer de leur corps, sans se soucier des quolibets, des railleries et des insultes proférés par des attardés et des rétrogrades surtout masculins ?

          Qui rendra hommage aux 343 femmes, célèbres ou inconnues, déclarant en 1971, dans un manifeste mémorable, qu’elles avaient avorté afin de bousculer les consciences endormies ?

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Qui rendra hommage à  l’association « Choisir » ayant à sa tête Simone de Beauvoir et surtout Gisèle Halimi, avocate d’une adolescente de 17 ans poursuivie pour avortement suite à un viol et dont le procès de Bobigny, en 1972, fit la une de la presse ?

          C’est donc grâce à ces femmes et à quelques hommes aussi, à l’origine d’un  immense mouvement de protestation, que le nouveau président élu en 1974, Giscard d’Estaing, sentit l’opportunité de prendre en marche le train d’une contestation qui ne faisait que s’amplifier et décida de laisser à sa ministre de la Santé, Simone Veil, le soin de présenter et de défendre une loi dépénalisant l’avortement.

          Enfin, qui rendra hommage, pour remonter aux sources de cette loi, à nos ancêtres de la fin du 19e siècle et du début du 20e, propagandistes éloquents et infatigables de « la maternité consciente »,  que rien ne découragea, ni la haine des cléricaux et des machos s’accrochant à leurs prérogatives, ni les poursuites, ni les condamnations, pas même l’emprisonnement ?

          L’hommage aux victimes et aux combattantes, sans qui rien n’aurait été possible, je l’ai trouvé dans le discours qu’Emmanuel Macron prononça aux Invalides, devant le cercueil de Simone Veil. Il m’a suffi d’en extraire la phrase essentielle et de la mettre au pluriel : « Leurs combats, elles les menèrent bien souvent avant que la société et les mœurs ne les aient fait leurs, avant que la majorité ne les ait adoptés. Elles eurent raison bien avant l’opinion commune et contre elle ».

 Poisson-Chat (08 juillet 2017)

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24 février 2017

UN CRIME DE L'EGLISE CATHOLIQUE

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            A l’heure où l’on parle avec raison des horreurs perpétuées par les islamistes, il faut rappeler que toutes les religions sont rouges du sang versé et particulièrement le catholicisme dont les crimes seraient trop longs à énumérer.

            Mais celui commis le 13 octobre 1909 souleva une indignation planétaire ! De violentes manifestations voire des émeutes secouèrent la plupart des grandes capitales et rien qu’à Paris 500.000 personnes protestèrent. Surpris par la puissance de la réprobation, de nombreux consuls furent contraints de démissionner ainsi que le gouvernement une semaine plus tard.

            Pour qui et pourquoi une mobilisation et une colère d’une telle ampleur ? Parce que, ce jour là, malgré les appels venus du monde entier, la très catholique monarchie espagnole et son clergé fanatique venaient de faire fusiller, dans les fossés du fort de Montjuich près de Barcelone, un pédagogue hors du commun : Francisco Ferrer.

Les débuts : Francisco Ferrer y Guardia naît le 10 janvier 1859 dans un village près de Barcelone. Il est l’un des quatorze enfants d’une famille de cultivateurs aisés, foncièrement catholiques et monarchistes. A 13 ans, il travaille chez un drapier libre-penseur qui lui prête des livres et jusqu’à l’âge de 21 ans sa vie s’écoule entre  travail et étude. Il fréquente les milieux  socialiste,  libre penseur, anarchiste et, en 1884, il est initié franc-maçon à la loge Verdad de Barcelone. Devenu contrôleur à la Compagnie des chemins de fer du Nord de l’Espagne, il épouse une catalane dont il aura quatre filles et un fils.

            Obligé de s’expatrier avec sa famille en 1886 après l’échec d’une tentative insurrectionnelle républicaine à laquelle il avait pris part, il arrive à Paris, rallie le Grand Orient de France et milite activement au sein de la Libre Pensée. En 1893, il se sépare de sa femme qui ne partage pas ses idées, donne des cours d’espagnol dans divers établissements publics ainsi que des cours particuliers pour faire vivre les siens. Il se lie d’amitié avec l’une de ses élèves, Ernestine Meunier qui, convaincue par les idées nouvelles de son professeur, le fait légataire universel de sa fortune.

            A la même époque, il rencontre deux pédagogues libertaires, Paul Robin et Sébastien Faure et s’enthousiasme pour leur conception de l’éducation intégrale. Lorsqu’en 1901 Ernestine Meunier meurt, il consacre l’héritage reçu à la réalisation de sa grande idée : La Escuela Moderna (L’Ecole Moderne).

L’Ecole Moderne : Francisco Ferrer emploie toute son ardeur à poser les premières pierres de son enseignement laïque, mixte, débarrassé de toute emprise cléricale et étatique, novations audacieuses  dans une Espagne dominée par l’obscurantisme religieux où trois habitants sur quatre sont analphabètes. « Elever l’enfant de manière qu’il se développe à l’abri des superstitions et publier les livres nécessaires pour produire ce résultat, tel est le but de l’Ecole Moderne », dit-il.

            La maison d’édition, qu’il fonde plus tard, est le complément logique à son entreprise. Les débuts de son école sont modestes mais l’influence des méthodes qu’il préconise et met en  place va rapidement s’étendre, non seulement en Espagne où une cinquantaine d’écoles adoptent son enseignement mais aussi à l’étranger.

            Malheureusement, cet instrument de l’émancipation du peuple espagnol soulève la fureur du clergé et de la monarchie qui usent en vain de calomnies et de menaces pour décourager et faire renoncer ce précurseur.

            En 1906, grâce à la protestation de personnalités de divers pays, il échappe à l’accusation grotesque d’attentat contre le couple royal  mais son école est fermée. Il quitte donc l’Espagne, retourne à Paris, se met en rapport avec des savants comme Elisée Reclus, des littérateurs, des sociologues, des pédagogues, pour réaliser son projet sur le plan international. Il publie en 1908 une revue L’Ecole rénovée qui propose, dans son premier numéro, la constitution d’une Ligue internationale pour l’éducation rationnelle de l’enfance, dont le président d’honneur est Anatole France.

            Mais Ferrer n’a pas abandonné l’idée de retourner à Barcelone pour reprendre l’œuvre commencée. En attendant, sa maison d’édition continue de publier toujours plus de nouveaux livres d’enseignement mais aussi de science et de pensée libre. Aucune idée ne lui est étrangère, ne lui paraît trop hardie.

L’insurrection de Catalogne : En 1909, sa belle-sœur étant gravement malade, il revient en Espagne au moment où la Catalogne est en pleine effervescence car les réservistes sont rappelés pour aller combattre au Maroc le soulèvement des tribus du Rif. La mesure, très impopulaire, dégénère en insurrection. Les syndicats déclenchent alors une grève générale, des barricades sont dressées, des églises et des couvents incendiés et l’on compte de nombreux tués. La « semaine tragique », comme on l’a appelée s’achève le 31 juillet, suivie d’une terrible répression. Se sentant en danger, Francisco Ferrer s’apprête à quitter l’Espagne lorsqu’il est arrêté le 1er septembre 1909.

Le procès : Surveillé constamment depuis son retour, la police sait pertinemment qu’il n’a rien à se reprocher. Mais il est le bouc émissaire idéal. Libre penseur, franc-maçon et anarchiste, il faut absolument abattre celui qui a osé se dresser contre le tout-puissant clergé espagnol et la monarchie absolue. Accusé d’être l’instigateur de la révolte, après un procès expéditif, bâclé et inique, sans auditions de témoins, sans la moindre preuve, il est condamné à mort le 12 octobre par le tribunal militaire et fusillé le lendemain, ce qui fera dire à Georges Yvetot, syndicaliste typographe : « Les esclaves en uniformes ont obéi aux bourreaux en soutanes ». Avant de mourir, Ferrer refuse le bandeau sur les yeux et l’assistance du curé et s’écrie : « Je suis innocent, vive l’Ecole Moderne ! ». Peu de temps avant son exécution, évoquant son idéal libertaire, il avait écrit : « Précisément, la démence de ceux qui ne comprennent pas l’anarchie, provient de l’impuissance où ils sont de concevoir une société raisonnable ».

            Tout comme Sacco et Vanzetti, assassinés par la bien-pensante Amérique en 1927, Francisco Ferrer paya de sa vie ses idées humanistes et révolutionnaires et tout comme Sacco et Vanzetti réhabilités cinquante ans plus tard, il sera reconnu innocent en 1912.

 

Poisson-chat (24 février 2017)

Francisco Ferrer

 

 

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30 janvier 2017

MERCI BENOITE !

 

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        Ainsi soit-elle, c’est ma bible à moi, mon petit livre rouge, lu et relu au long des années. Je viens à nouveau de feuilleter ses pages jaunies afin de me réconforter et me conforter dans mes idées lorsque j’entends dire que le féminisme, c’est ringard, que les femmes - chez nous - ont tout obtenu et qu’on se demande ce qu’elles peuvent encore réclamer !

            Le féminisme, au contraire, a plus que jamais lieu d’exister et doit même se renforcer face à la barbarie que sont les violences subies chaque année par plus de 220.000 femmes dont une meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, les viols ou tentatives de viols commis sur 84.000 d’entre elles et cette forme sournoise de l’agression sexuelle qu’est le harcèlement, au  travail, dans les transports ou dans la rue auquel on peut ajouter les injures et réflexions sexistes. En plus de ces actes abjects sévit, malgré la loi, l’inégalité des salaires selon que vous êtes porteur ou non de la sainte trinité masculine. La discrimination à l’embauche, les boulots mal payés, le temps partiel, le chômage, la précarité et la pauvreté frappent davantage les femmes. La stagnation en bas de l’échelle hiérarchique pour les plus nombreuses et les peaux de bananes jalonnant la route de celles qui veulent atteindre les sphères dirigeantes syndicales, économiques ou politiques, sont à des années-lumière de la parité, miroir aux alouettes brandi sous le nez des récalcitrantes. Quant aux tâches domestiques, elles sont toujours assurées par 80 % de mes semblables. Alors, dépassé le féminisme ? Non !

            Chez les Groult, famille bourgeoise mais néanmoins artiste, on espérait un petit Benoît comme premier enfant mais ce fut une fille qui arriva ce 31 janvier 1920. Son enfance, partagée avec sa sœur cadette Flora, est une période heureuse durant laquelle l’écriture joue déjà un rôle important. En revanche, la beauté, l’aisance de sa mère, qui lui reproche sans cesse de ne pas lui ressembler, transforme la petite fille épanouie en une adolescente timorée et complexée, ce qui n’est pas un atout pour décrocher un mari, seul but louable pour une femme à l’époque.

            Une licence de lettres en poche, Benoîte enseigne dans un cours privé et fait la connaissance d’un étudiant en médecine qu’elle épouse en 1944 mais qui meurt de tuberculose peu après leur mariage. A la libération, elle entre à la rédaction du journal de la Radiodiffusion française où elle rencontre le journaliste Georges de Caunes et se remarie en 1946. En dépit de la naissance de deux filles, l’union ne tient pas et se termine par un divorce.

            C’est avec son troisième mari épousé en 1951, Paul Guimard, écrivain et éditeur, dont elle aura une autre fille, que va commencer sa vie de romancière puis de féministe. Il l’encourage à écrire d’abord avec sa sœur Flora puis seule. Elles vont publier en 1962  Le journal à quatre mains, en 1965 Le Féminin pluriel  et en 1968 Il était deux fois.

            Devenue féministe durant cette même année 68 après avoir rencontré des femmes qui ont des préoccupations semblables aux siennes et qui se sentent des sous-citoyennes, elle est de toutes les luttes et soutient toutes celles qui se battent pour leurs droits. Ayant été contrainte durant sa jeunesse à avorter clandestinement à plusieurs reprises dans des conditions inimaginables, elle rejoint l’association de Gisèle Halimi Choisir qui, en 1972, à travers la défense d’une adolescente poursuivie pour avortement suite à un viol, réclame une loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse.

            Elle fait paraître en 1975 un livre brûlot remarquable sur la condition féminine, qui rencontre un succès immense et international Ainsi soit-elle, dans  lequel elle est la première à dénoncer l’excision et l’infibulation, abominations endurées par des millions de fillettes et elle déclare, bouleversée et révoltée, après avoir recopié la terrible description de ces mutilations : « On a mal au c.., n’est-ce pas, quand on lit ça ! On a mal à ses caractéristiques féminines, on a mal au cœur de soi-même, on a mal à sa dignité humaine, on a mal pour toutes ces femmes qui nous ressemblent et qui sont niées, esquintées, détruites dans leur vérité ». Elle donne également un avis péremptoire sur le sexisme dont elle affirme qu’il est « plus profond et plus endémique encore que le racisme ».

            En 1984, Yvette Roudy, alors ministre des Droits de la Femme, lui propose de présider la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, ce qu’elle accepte avec enthousiasme. Il faudra deux ans avant qu’un arrêté de féminisation soit publié au journal officiel car les « agagadémiciens », comme les surnomme Isabelle Alonso, une autre féministe à la plume redoutable, s’accrochent désespérément à leurs privilèges, la langue française écrite au masculin véhiculant le machisme le plus indécrottable.

            Entre temps, un autre combat la mobilise. L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (A.D.M.D.) qui réclame une loi légalisant l’euthanasie volontaire, n’a que deux ans lorsqu’elle y adhère en 1982. Elle devient membre du comité de parrainage et son engagement est total, sans concession. Elle milite jusqu’au bout, jusqu’à cette nuit du 20 juin 2016, où la Camarde est venue faucher sa vie vacillante dans sa jolie maison perchée en haut de la vieille ville de Hyères.

            En 2006, l’écrivaine publie La touche étoile, où elle décrit d’une façon saisissante et réaliste la vieillesse et notamment celle des femmes et parle du droit de choisir sa fin de vie, ultime liberté toujours refusée : « Réclamant le droit de choisir ma mort comme j’avais réclamé autrefois celui de donner ou non la vie, voilà que je me retrouvais dans la même position de quémandeuse devant la même nomenklatura » Et dans son dernier ouvrage paru en 2008, Mon Evasion, autobiographie vivante, caustique, d’une sincérité rare, elle ajoute  à propos du refus par nos dirigeants de légaliser l’euthanasie volontaire : « … la formule du laisser-mourir inventée par M. Léonetti sans frémir … ramène en arrière aux temps que j’ai bien connus du « laissez-les vivre », inventés par les mêmes bien pensants ». Et sous le gouvernement soi-disant socialiste de François Hollande, rien n’a changé !

            Le féminisme peut s’enorgueillir d’avoir eu dans ses rangs Benoîte Groult qui conquit sa liberté envers et contre tout et ne désarma jamais déplorant que les mentalités n’évoluent qu’à la vitesse de l’escargot : « Il a fallu cent ans pour effacer les discriminations les plus criantes mais qu’attend-on pour abroger celles qui restent ? ». Quant aux femmes, elles lui doivent énormément, même les indifférentes, même les renégates, esclaves aimant leurs chaînes, qui devraient méditer cette phrase qu’elle écrivit il y a bien longtemps, hélas encore d’actualité : « Rien ne changera profondément aussi longtemps que ce sont les femmes elles-mêmes qui fourniront aux hommes leurs troupes d’appoint, aussi longtemps qu’elles seront leurs propres ennemies ».

Poisson-Chat (22/01/2017)

 

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25 décembre 2014

SUPPRIMEZ CES SEINS QUE L'ON NE SAURAIT VOIR !


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Incroyable l’imagination démoniaque dont font preuve certains humains !

Une coutume ancestrale  appelée « repassage » - mais qui n’a rien à voir avec la tâche ménagère du même nom ! - consiste à faire chauffer sur un brasier une pierre plate, un pilon, une spatule ou un autre ustensile et à l’appliquer chaque jour sur des seins naissants afin de freiner leur croissance ce qui a pour but d’éliminer toute féminité chez les adolescentes et de les soustraire ainsi aux regards des garçons !

Cet acte abominable concerne près de 4 millions de fillettes âgées de 12 ans en moyenne, principalement au Cameroun mais aussi dans des pays d’Afrique centrale et de l’Ouest, tels le Tchad, le Togo, le Bénin et la Guinée et, tout comme l’excision et l’infibulation, ce sont les femmes, elles-mêmes victimes, qui reproduisent ce qu’elles ont enduré. A cause de l’ignorance, des habitudes, des préjugés, elles sont persuadées qu’en empêchant leurs filles d’avoir des seins normaux, les hommes se détourneront d’elles et que l’âge des premiers rapports sexuels sera repoussé de quelques années !

Au Cameroun où le sexe est généralement un sujet tabou, les mères utilisent le « repassage » des seins comme méthode contraceptive. Hélas, ce procédé n’est guère efficace puisque plus de 30 % des Camerounaises se retrouvent enceintes avant l’âge de 16 ans.
    
Non seulement cette pratique est une torture mais elle a des conséquences désastreuses sur leur santé. Elle conduit à des séquelles corporelles irréversibles : affaissement de la poitrine, douleurs terribles provoquées par les brûlures, démangeaisons, abcès, kystes, infections, fièvre, voire développement précoce du cancer du sein et à des traumatismes psychologiques ineffaçables.
    

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Les luttes féministes, symbolisées par la journée du 8 mars, sont loin d’être terminées. Eradiquer cette abjection d’un autre âge qu’est le « repassage » des seins et toutes les mutilations perpétuées au nom d’usages infâmes souvent sous le couvert de religions, fait partie des combats à mener car elles sont une atteinte à l’intégrité physique et à la dignité de mes semblables.
    
Il est intolérable que ces atrocités soient commises toujours à l’encontre des femmes car aurait-on l’idée de « repasser », de fendre ou de coudre le zizi des mâles pour les empêcher de courir ?

Il est intolérable aussi, en cette deuxième décennie du 21ème siècle, que chez nous une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son bourreau, qu’une soit violée toutes les sept minutes et qu’ailleurs, privées de droits, elles soient traitées comme du bétail et subissent toute sorte de violences allant parfois jusqu’à la mort !
    
Il est intolérable enfin qu’elles soient les sempiternelles souffre-douleur de l’humanité !


(24 décembre 2014)
  

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08 septembre 2014

EUTHANASIE : ASSEZ D'ATERMOIEMENTS !

 

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En Hommage à Nicole Boucheton

Contrairement à la Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg, il n’existe pas, au pays des droits de l’Homme, une loi permettant l’euthanasie active et le suicide assisté pour ceux qui le demandent.
A l’exemple de 159 de nos compatriotes qui ont été contraints de partir en Suisse entre 1998 et 2013 pour bénéficier du suicide assisté, Nicole Boucheton, 64 ans, en phase terminale d’un cancer, refusa une courte prolongation de sa vie au prix d’une chirurgie mutilante qu’elle jugeait dégradante et inacceptable, et s’exila en Suisse, au mois d’août dernier, pour y mourir lucide et digne. Cette humaniste libre-penseuse était une militante infatigable, engagée dans le combat que mène depuis plus de trente ans l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (A.D.M.D.) dont elle était la vice-présidente.

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 Le 19 novembre 1979, le journal Le Monde faisait paraître un article de l’écrivain Michel Lee Landa « Un droit » qui lui valut un courrier abondant et enthousiaste. Dans cette tribune de plusieurs colonnes, il écrivait entre autres : "A qui veut bien réfléchir, la liberté – et donc le droit – de mourir dignement, à son heure, selon son style, apparaîtra évident et en parfait accord avec notre sensibilité moderne. Un jour, une telle liberté sera reconnue comme une exigence morale imprescriptible et aussi impérieuse que la liberté de parler et de s’informer ". Il n’a pas attendu qu’on la lui donne cette liberté. Il l’a prise ! Atteint d’un cancer incurable, il se suicida à son domicile en août 1981, en parfait accord avec ce qu’il revendiquait. Avant de partir, il créera l’A.D.M.D. et en deviendra le premier président. Aujourd’hui, elle compte près de 50.000 membres mais nous devrions être des millions puisque selon des sondages récents et de sources différentes, 92 % des interrogés se disent favorables à une loi autorisant l’euthanasie volontaire!
Depuis sa création l’A.D.M.D., à travers ses délégués, ses militants, ses adhérents, de milieux sociaux divers, anonymes ou célèbres, et le soutien de nombreuses personnalités, multiplie les conférences, les débats, les réunions, les actions et les interventions auprès des médias et des pouvoirs publics.
Ce combat aboutit, en mars 2002, au vote de la loi Kouchner qui préconise la lutte contre la douleur et le refus de l’acharnement thérapeutique.
Puis, en 2003, l’affaire Vincent Humbert défraya la chronique. Ce jeune homme tétraplégique, aveugle et muet à la suite d’un grave accident de la route, demanda en vain au président Chirac le droit de mourir. Alors Marie Humbert, aidée du docteur Chaussoy, provoqua le décès de son fils.

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C’est à la suite de ce drame qu’une mission parlementaire, dirigée par le docteur Jean Léonetti, mit sur pied en avril 2005 la loi relative « aux droits des malades et à la fin de vie » qui s’est contentée de renforcer des droits déjà existants et de régler les procédures de limitation des traitements.
En outre et sans jamais la nommer, le texte reprend deux idées de l’A.D.M.D. : la personne de confiance et les directives anticipées que chacun devrait rédiger afin que ne se renouvelle pas l’histoire actuelle et lamentable de Vincent Lambert tétraplégique en état végétatif dont les parents, proches de la mouvance catholique intégriste « La fraternité Saint-Pie X », s’opposent à l’épouse laquelle veut respecter les volontés de son mari que, malheureusement, il n’a pas écrites !
Le droit du malade de rejeter une médication a été confirmé mais ce droit  au « laisser mourir », soit de maladie en refusant tout remède, soit de faim et de soif en refusant alimentation et hydratation, est inhumain ! C’est ce qu’on appelle l’euthanasie passive ! Quelle honte et surtout quelle hypocrisie car cette « passivité » conduit inéluctablement à la mort après des agonies intolérables !
Depuis 1980, les gouvernements de gauche et de droite se sont succédé mais rien n’a bougé en matière d’euthanasie. A gauche, on trouve beaucoup de politiciens favorables mais aussi des mous, des pas très courageux, des indécis telle Ségolène Royal, des franchement contre comme ce fut le cas de Lionel Jospin lorsqu’il était premier ministre, ce qui eut pour conséquence le suicide à 92 ans de sa mère Mireille qui a voulu "partir avant que les détériorations s’installent !"
La grande majorité de la droite (l’UMP, l’UDI-Modem, le PDC de l’inénarrable Christine Boutin …) est hostile à l’euthanasie ainsi que tous les courants de l’extrême droite dont le F.N est le plus représentatif. Ce sont toujours les mêmes, ceux qui ont bataillé contre la contraception, l’IVG, le PACS et récemment le mariage pour tous ! Ce sont les mêmes intolérants, les mêmes réactionnaires, les mêmes obscurantistes religieux qui, après avoir empêché durant des siècles les femmes de disposer de leur corps, veulent aujourd’hui empêcher les citoyens de disposer de leur fin de vie.
"Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ". Le ciel s’éclaircit soudain en 2012 avec cet engagement 21 du candidat Hollande, en dépit d’une fin de phrase ambiguë et du mot euthanasie jamais prononcé !

 

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Plus de deux années se sont écoulées encombrées de commissions et de rapports qui n’ont débouché sur rien ; deux années de tergiversations et de reculades ! Aussi, la dernière trouvaille a été de nommer, par décret du premier ministre, à la tête d’une énième commission, Jean Léonetti (UMP) afin qu’il « aménage » sa propre loi !
Que peut-on espérer d’un homme qui est un opposant indécrottable à l’euthanasie et au suicide assisté et qui a dit : « Si l’on regarde les prises de positions de François Hollande, on ne va pas vers une dépénalisation de l’euthanasie » ? Que peut-on attendre également d’un gouvernement dont la ministre de la santé, Marisol Touraine, à l’instar de Jean Léonetti, a refusé de recevoir l’A.D.M.D. ? Le président redouterait-il les démonstrations violentes des anti mariage pour tous qui sont également des anti euthanasie acharnés ? Où est la démocratie quand les 8 % défavorables font la loi ?
Assez de Vincent Humbert, de Chantal Sébire, de Rémy Salvat, de Vincent Lambert pour ne citer que les cas médiatisés car des centaines de personnes meurent chaque jour dans des conditions révoltantes !

Combien faudra-t-il encore d’affres inutiles, d’avilissements insoutenables pour conquérir cette ultime liberté ? Si nous n’obtenons pas ce droit sous un gouvernement de gauche et si la droite – voire pire – l’extrême droite gagnait les élections de 2017, nos espoirs seraient enterrés et pour longtemps !
Poisson-Chat (05 septembre 2014)

Pour ceux qui l’ignoreraient, « euthanasie » veut dire « bonne mort » en grec ancien.

 

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20 février 2014

LETTRE A LA MERE NOEL

 

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Mère Noël
Poste principale
Voie de l’Utopie
33500 LIBOURNE



Chère mère Noël,

    Je suppose que tu ne reçois jamais de courrier ! Sauf une fois lorsque Pierre Perret t’envoya une chansonnette il y a plusieurs années déjà.
   A mon tour je t’écris tout en ayant du scrupule à te déranger car tu dois être surchargée de travail. En plus du secrétariat à plein temps que tu assumes et qui, en ce moment, rogne ton sommeil, parce que répondre aux millions de lettres reçues par ton si populaire mari tient de la prouesse, tu prends soin de lui comme 80 % des épouses ou compagnes dont le rôle est inchangé depuis des siècles (d’après une statistique récente) à cause des préjugés tenaces et d’un machisme qui a encore de beaux jours devant lui !
    Afin que père Noël puisse en tout égoïsme satisfaire à sa célébrité, tu dois pourvoir à tout : nettoyer son bel ensemble rouge sali à force d’escalader les cheminées et de glisser dans les conduits noircis, mettre des pièces aux accrocs faits par les antennes de télévision et autres paraboles, brosser avec délicatesse la fourrure blanche qui orne son habit, ses bottes et son bonnet, astiquer la hotte aux jouets, graisser le traîneau, étriller et bouchonner les rennes crotteux, aller chercher le fourrage, remplir les mangeoires, enlever le fumier et  mettre de la paille sèche dans l’étable. Je passe volontiers sur toutes les autres tâches qui t’incombent tant elles sont – pour ceux qui ne les accomplissent pas – banales, faciles, ingrates voire dévalorisantes, en un mot « féminines » dit-on ! Et puis, mère Noël, je ne peux t’imaginer sans une ribambelle de petits Noël. Alors là, chapeau ! Il faut être Femme pour concilier l’inconciliable !
   Après t’avoir rendu l’hommage que tu mérites, toi l’inconnue plus inconnue encore que la femme du soldat inconnu, et ne pouvant compter sur ton fanfaron d’époux qui préfère se pavaner devant les vitrines enluminées des magasins à la grande joie des badauds, je m’adresse à toi pour que tu exauces, comme dans les contes de fée, trois des désirs qui me tiennent le plus à cœur et qui concernent justement les enfants.

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     En premier, je voudrais que, de par le monde, il n’y ait plus de gosses esclaves du travail forcé ou de la prostitution, qu’ils ne soient plus les victimes des guerres ou mourant de faim dans des contrées rendues stériles par notre faute ou, pour certains, cherchant de la nourriture au milieu des immondices ou encore, comme c’est le cas chez nous, obligés de dormir dans les rues avec leur mère à cause de loyers exorbitants et de salaires de misère.
    En second, je te demande de faire disparaître toutes les violences faites aux fillettes, tous les symboles de soumission dont on les affuble dès leur prime enfance, toutes les mutilations qu’elles subissent dans de nombreux pays et que tu brises les chaînes qui entravent leur corps et leur esprit.
     Pour mon dernier vœu, qui devrait être le plus facile à contenter, j’aimerais que tu supprimes les stéréotypes, les cloisonnements entre filles et garçons. Qu’ils ne reçoivent plus systématiquement en cadeaux des autos, des trains, ou l’arsenal du plombier pour les possesseurs de robinet et l’indestructible panoplie de la parfaite ménagère et celle de la parfaite coquette pour les bambines, donnant toujours raison, 150 ans après, au triste Proudhon qui n’attribuait à la femme que deux rôles « ménagère ou courtisane ».
    Je ne crois plus au père Noël et mes jouets, cassés depuis longtemps, sont irremplaçables. Cependant, j’aimerais croire en toi car « la femme est l’avenir de l’homme »  disait le poète et si tu exauçais mes souhaits, ce serait le plus magnifique Noël de ma vie ! Mais pourras-tu faire des miracles à l’approche de cette fête que d’aucuns vénèrent en souvenir d’un soi-disant sauveur suprême incapable du haut du ciel, à deux pas de ta voie lactée, de faire quelque chose pour changer les choses ?
     Je me rends compte que mes doléances sont très difficiles à satisfaire. Je te remercie néanmoins d’avoir consacré un peu de ton temps compté pour lire ces lignes et de tenter l’impossible pour réaliser mes voeux, en cette période qui devrait être d’égalité et de fraternité indispensables à la vraie liberté.

     En espérant que tu passeras un joyeux réveillon en famille, je te prie de croire en ma solidarité sororale.
 
Poisson-chat
(08 décembre 2009)

 

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SACCO & VANZETTI : UN CRIME DE LA BOURGEOISIE AMERICAINE

 

 

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De tout temps, des femmes et des hommes ont été condamnés non parce qu’ils étaient coupables mais en raison de leurs opinions politiques ou religieuses, du racisme et de la xénophobie.

Dans l’Amérique des années 20, le procès inique et l’exécution de Sacco et Vanzetti déclencha une immense vague d’indignation à l’échelle planétaire ! Nicolas Sacco, modeste cordonnier et Bartolomeo Vanzetti, vendeur de poissons, subirent la haine des étrangers qui régnait aux Etats-Unis à cette époque.

L’affaire débuta en juin 1921 lorsqu’ils furent accusés d’avoir attaqué et abattu, en avril 1920, dans la banlieue de Boston, deux employés de banque.

De toute évidence, il n’y avait contre eux que des présomptions. Mais leur tort était d’être de pauvres immigrés italiens venus dans ce soi-disant Eldorado afin d’échapper à la misère et surtout ce qui était impardonnable au yeux des réactionnaires : ils étaient des meneurs de grèves et, pire encore, des militants anarchistes actifs, donc les boucs émissaires désignés d’une bourgeoisie arrogante et hostile. Il fallait des fautifs au juge Thayer, au gouverneur Fuller, à toute l’Amérique bien-pensante et l’occasion était trop belle de faire un exemple dans le but de calmer la combativité de cette minorité qui faisait trembler nantis et dirigeants.

Le temps n’était pas si loin des Martyrs de Chicago, ces anarcho-syndicalistes, victimes d’une machination policière et pendus en 1887 puis réhabilités en 1893 par le nouveau  gouverneur de l’Illinois, John Altgeld qui dira : « Une telle atrocité n’a pas de précédent dans notre histoire ». Pas de précédent sans doute mais quarante ans plus tard une affaire semblable rendra elle aussi les victimes immortelles.

Le procès de Sacco et de Vanzetti fut mené avec la même partialité et prit rapidement une tournure méprisable : les preuves manquaient, les témoins à charge avaient été soudoyés, d’autres avaient subi des pressions, les témoignages en faveur des accusés avaient été repoussés !

Une lettre de Vanzetti disait entre autres : « Le chef Stewart, le district attorney Katzmann et le juge Thayer ont réussi à composer un jury formé d’une douzaine d’hommes haineux, pleins de préjugés, vaniteux, féroces, excités et bigots, de vrais lyncheurs en habits de jurés ».

Tous les pourvois les plus justifiés furent refusés par le juge Thayer et les juges de la Cour suprême du Massachusetts confirmèrent la décision de ces refus. S’il fallait une preuve supplémentaire que ce procès fut mené avec parti pris et qu’il n’était en fait qu’un procès politique, la phrase abjecte du juge Thayer, que Mary Donavan, présidente du Comité américain de défense de Sacco et Vanzetti, avait reproduite sur une banderole est plus qu’explicite : « Vous avez vu ce que j’ai fait à ces bâtards d’anarchistes ? ». En France, Louis Lecoin, militant anarchiste et pacifiste, fut l’initiateur et l’animateur du Comité de défense de Sacco et Vanzetti et son action se propagea dans tous les pays.

Bien plus tard, la preuve sera faite que les auteurs du hold-up avec mort d’hommes appartenaient à un gang bien connu sous le nom de « Morelli de Providence ».
Mais comme l’écrivait Vanzetti à Dante, le fils de Sacco : « … toutes les forces de l’Etat, de l’argent et de la réaction sont mortellement contre nous parce que nous sommes des anarchistes ».

En 1926, lorsque la Cour suprême du Massachusetts confirma la condamnation à mort des deux hommes, des troubles importants se produisirent sur tout le territoire des Etats-Unis et les protestations affluèrent du monde entier. En dépit des lettres, des télégrammes, des appels, des suppliques émanant de personnalités de milieux divers et des millions de signatures sur des pétitions qui arrivaient par monceaux au manoir du gouverneur et à la Maison Blanche, ils furent électrocutés (« assassinés » comme le titraient la plupart des journaux), le 23 août 1927, après avoir refusé les derniers sacrements, ce qui était une première dans toute l’histoire de la prison de Charlestown. Sacco marcha d’un pas ferme vers la chaise électrique où il s’assit fièrement et cria en italien «Vive l’anarchie !» et lorsque Vanzetti entra à son tour, la tête bien droite, il dit simplement «Je suis innocent de tout crime».

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A l’annonce de leur exécution, une lame de fond jamais vue souleva le prolétariat international. Des capitales et des grandes villes furent secouées par des émeutes, des grèves générales, des manifestations imposantes, des meetings houleux, des saccages d’ambassades ou de consulats américains…

Les corps embaumés des suppliciés restèrent exposés durant trois jours et une foule immense défila devant les cercueils. Le dimanche de l’incinération, dans toutes les rues aux alentours du crématoire de Forest Hills, les forces policières impressionnantes ne purent empêcher deux cent mille personnes de s’étaler sur une dizaine de kilomètres. Quatre cars, stationnant devant la maison des pompes funèbres, débordaient de fleurs écarlates. Jamais la ville n’avait assisté à des funérailles aussi grandioses.

Mary Donavan, durant la cérémonie, clama dans son discours : « … au nom de votre martyre, nous continuerons à lutter et à vaincre ». Il aura fallu cinquante ans de souffrances et de larmes pour que l’injustice désarme et que soient réhabilités Sacco et Vanzetti en 1977. Cette injustice qui fit dire à Vanzetti s’adressant au fils de Sacco : « Souviens-toi que si nous sommes exécutés après sept ans, quatre mois et dix-sept jours d’inexprimables tortures, c’est parce que nous étions pour les pauvres et contre l’exploitation et l’oppression de l’homme par l’homme ».

Durant leurs plaidoiries, face à ceux qui les avaient condamnés d’avance, Sacco dénonça le procès social et politique : « Je sais que la sentence sera prononcée entre deux classes, la classe des opprimés et la classe des riches ..." tandis que Vanzetti termina par cette phrase prémonitoire à son début : « Mais nos noms vivront dans le cœur reconnaissant des peuples, alors que les os de Katzmann et les vôtres seront dispersés par le temps, quand son nom et le vôtre, vos lois,  vos institutions et votre faux dieu ne seront plus que le mauvais souvenir de l’époque maudite où l’homme était un loup pour l’homme ».

Leur mort tragique a été « l’affaire » du siècle non seulement pour l’Amérique mais aussi pour toutes les grandes nations et ces humbles travailleurs ont fait plus pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, selon les paroles mêmes de Vanzetti, que s’ils étaient morts ignorés et inconnus.

Il ajouta «Cette agonie est notre triomphe !», mots prophétiques aussi puisque Sacco et Vanzetti sont à jamais entrés dans la légende …

Poisson-chat (15 décembre 2013)

 

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18 février 2014

LES JOYEUSETES DE L'ETE

 

 

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C’est les vacances !

Comme chaque année, beaucoup ne changeront pas d’air faute de moyens. Trois millions de mômes resteront dans leur cité dortoir, leur quartier désespoir à l’exception de quelques-uns pris en charge par les organisations caritatives. Et comme chaque année, on vous annonce un  chiffre en constant accroissement, sans vergogne, sans état d’âme, comme on vous annonce le résultat du loto !

Les vernis sont partis à la montagne, à la campagne, les plus nombreux vers les plages, laissant derrière eux la grisaille de la vie quotidienne et ils reviendront avec des souvenirs heureux plein la tête et une peau dorée à souhait.

En revanche, où est la logique des inconditionnels du Front national qui, malgré les coups de soleil sur leur tronche de visages pâles, persistent à bronzer alors qu’ils bouffent du basané tous les matins au petit déjeuner ? Au contraire, ils devraient prendre grand soin de la blancheur de leur peau – signe divin de la supériorité de leur race ! – voire utiliser Omo qui, chacun le sait, lave plus blanc que blanc !

Enfin, que nous soyons noirs, marron, café crème ou blanc laiteux, nous sommes toujours chocolat, nous les minus habens, tout juste bons à glisser notre bulletin dans l’urne quand on nous le demande et à allonger les biftons que les picsous gouvernementaux nous raflent régulièrement, surtout à la période où les travailleurs sont éparpillés aux quatre coins de l’hexagone !

Le désenchantement attend le retour des vacanciers qui verront leur facture d’électricité grimper de 5 % et les impôts revus à la hausse pour la plupart d’entre eux.  
Depuis le début de l’année, ça canarde dur : augmentation du gaz, des transports, des autoroutes, des timbres, des assurances, des mutuelles de santé, des impôts locaux, de la redevance télé sans diminution pour autant de la pub débile, de la TVA sur plusieurs services à la personne, de l’alimentation ! En ai-je oubliées ? Un vrai cocktail explosif pour notre bourse !

Faut être ingrat pour se plaindre vu que le SMIC a augmenté de 0,3 %, soit 4 euros par mois, de quoi ripailler à la Tour d’Argent, les allocs familiales affichent un gonflement de 1,75 %, incitant d’aucunes à agrandir le cercle de famille et les veinards de retraités vont pouvoir se payer des hôtels de luxe grâce à  l’augmentation royale de 0,8 % !

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C’est bien connu, ces chanceux, qui se la coulent douce, sont des nantis et il faut leur prendre du pognon à ces nouveaux riches ! Qu’à cela ne tienne ! Les 0,8 % sont déjà amputés d’une nouvelle taxe de 0,3 % appliquée depuis le 1er avril (ce n’est pas un poisson ) afin de financer l’autonomie des vieilles et des vieux dont l’espérance de vie ne cesse de croître et les handicaps dus à l’âge avec, alors que le financement des pensions ne cesse de décroître !

D’autre part si, paradoxalement, on prolonge par tous les moyens des existences qui n’en finissent plus de s’éteindre en dépit de volontés contraires souvent exprimées, on refuse de légaliser l’euthanasie volontaire approuvée par 90 % de la population, sous la pression de la curaille et des intégristes de tout poil qui s’excitaient avant-hier sur l’IVG et le PACS, hier sur le mariage pour tous et qui, aujourd’hui, montent au créneau armés de leur intolérance et de leur hargne pour empêcher le vote d’une loi de dépénalisation !

C’est un vol légal que nos chers gouvernants – trop chers à mon avis ! – sont entrain de concocter en préconisant, toujours pour ces inactifs qui pompent l’argent des caisses de retraite :
- la suppression de l’abattement de 10 % de l’impôt, qui n’a rien à voir avec les frais professionnels mais correspond à une mesure fiscale prenant en compte les inégalités entre différentes catégories socioprofessionnelles (ponction : 3 milliards),
- l’alignement du taux de la C.S.G. des retraités sur celui des actifs (ponction : 2 milliards),
- l’imposition des majorations de pensions pour les parents ayant eu au moins trois enfants (ponction : 890 millions),
- la désindexation des pensions de l’évolution des prix après les avoir désindexées des salaires (ponction : 2,8 milliards).

L’Etat veut donc dépouiller de presque 9 milliards ceux qui ont trimé et cotisé pendant quarante ans ou plus, alors que la fraude fiscale de certaines grosses entreprises et de certains rupins, qui placent leur fortune dans des paradis fiscaux, s’élève chaque année à 50 milliards d’euros !

C’est révoltant ! D’autant plus quand on sait que 10 % des retraités vivent en dessous du seuil de pauvreté qui est de 946 euros mensuels, que la pension moyenne est de 1.256 euros et que la moitié des nouveaux pensionnés perçoit le minimum contributif, soit 1.028 euros !

Mais les gens d’en-haut peuvent impunément s’attaquer aux anciens car ils savent bien que la plupart sont incapables de descendre en masse dans les rues, de faire des actions spectaculaires, comme les paysans l’ont fait maintes fois et continuent de le faire, en envahissant les préfectures, détériorant le matériel, déversant sur les trottoirs ou devant les ministères des tonnes de fumier, de denrées et, récemment, des milliers d’œufs, voire comme les marins pêcheurs bretons, en 1994, incendiant le Parlement de Bretagne.

Les retraités, ça ne se révolte plus, ça subit !    

Et puis, pour parfaire ce tableau idyllique, le CAC40 est à son apogée depuis 2011, ce qui va permettre aux actionnaires des quarante plus importantes multinationales de s’en mettre plein les poches, tandis que le livret A atteint, le pauvret, son niveau le plus bas passant de 1,75 % à 1,25 % !

Elle est pas belle la vie quand les crésus s’enrichissent toujours davantage au détriment du bon peuple souverain ?

Sans illusion, j’avais choisi la soi-disant gauche devenue depuis belle lurette la social-démocratie libérale ! Encore une fois, j’ai été roulée dans la farine oubliant, l’espace d’un vote, ces mots pourtant inoubliables de l’Internationale : "Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun !…"

Aux larmes citoyens !

Sortez vos tire-jus car les joyeusetés de l’été ne sont pas terminées ! D’autres nous attendent cet automne. Elles continueront sans doute encore après, puis marqueront le pas avec, peut-être en prime, des améliorations de misère, élections législatives et présidentielle de 2017 obligent !

Poisson-chat  (12 août 2013)
 

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Source des chiffres concernant les retraités : Journal de Retraités

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ANDRE LEO, ROMANCIERE, FEMINISTE, COMMUNARDE

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Quand les femmes s’en mêlent, quand la ménagère pousse son homme, quand elle arrache le drapeau noir qui  flotte sur la marmite pour le planter entre deux pavés, c’est que le soleil se lèvera sur une ville en révolte. (Jules Vallès).

            Parmi toutes les femmes héroïques de la Commune, dont beaucoup resteront à jamais incon nues, il en est une injustement oubliée : Léodile Bera. Elle naît le 18 août 1824 à Lusignan dans la Vienne et grandit dans une famille aisée et cultivée, ouverte aux idées progressistes et qui fréquente les milieux républicains et francs-maçons.
    Léodile Bera rencontre, en 1848, Grégoire Champseix, un journaliste, militant socialiste, qu’elle épouse en 1851. Poursuivi par la police de Napoléon III à cause de ses engagements politiques, il part avec sa femme se réfugier en Suisse et, en 1853, Léodile met au monde des jumeaux. En 1860, une amnistie leur permet de revenir en France et de nouer des amitiés avec des socialistes de diverses tendances. Ceux-ci soutiennent et aident la jeune femme lorsque son mari meurt en 1863. Elle est déjà connue grâce à ses romans Une vieille fille, Le divorce et Un mariage scandaleux, bien accueillis par la critique qui la compare à George Sand. A travers ces ouvrages, elle évoque la condition féminine et l’éducation. C’est aussi à cette époque qu’elle prend le pseudonyme d’André Léo, les prénoms de ses garçons.
      A partir de 1867, elle devient journaliste et vit de sa plume. En 1868, elle fait la connaissance de Benoît Malon, syndicaliste ouvrier avec lequel, en 1869,  elle va s’unir librement, ce qui provoque un véritable scandale d’autant qu’il a dix-sept ans de moins qu’elle. La même année, elle fonde avec Louise Michel, Maria Deraismes, Noémie Reclus et d’autres, La Ligue en faveur des droits des femmes. Elle publie également deux ouvrages : La Femme et les mœurs où elle récuse les thèses machistes de Proudhon et Aline-Ali qui est une critique sévère de la société patriarcale et qui dénonce « les soi-disant partisans de la liberté qui deviennent despotes en rentrant chez eux ». André Léo s’affilie au courant libertaire du socialisme et se rapproche de l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.) mais blâme l’autoritarisme de ses dirigeants et, notamment, de Karl Marx.
      Au mois de juillet 1870, elle participe aux manifestations hostiles à la guerre contre la Prusse et s’occupe, durant le siège de Paris, de l’aide aux déshérités tout en organisant des réunions publiques où elle y défend avec ardeur la cause des femmes et l’égalité sociale. Jusqu’en août de la même année, elle se consacre à l’école primaire de filles qu’elle a créée étant persuadée que seule une  éducation laïque peut conduire à l’émancipation humaine. En février 1871, elle fonde le journal La République des travailleurs, avec Benoît Malon, Elie et Elisée Reclus.
      Lorsque la Commune est proclamée le 18 mars, elle se trouve en province mais revient à Paris début avril afin d’y prendre part. Elle se bat pour la liberté d’expression et s’oppose à la suppression des publications de droite : « Si nous agissons comme nos adversaires, comment le monde choisira-t-il entre eux et nous ? ».
     Elle apporte son concours à plusieurs journaux dont Le Cri du peuple de Jules Vallès et le 3 mai, elle lance un appel aux travailleurs des campagnes : « Frère, on te trompe, nos intérêts sont les mêmes. Ce que je demande, tu le veux aussi, l’affranchissement que je réclame, c’est le tien.» Elle poursuit sa lutte pour l’égalité des sexes et condamne les préjugés y compris au sein de la Commune. D’ailleurs, dans son article La Révolution sans la femme paru dans le journal La Sociale, elle s’adresse au général Dombrowski et lui écrit en substance : « Savez-vous comment s’est faite la révolution du 18 mars ? Par les femmes … Beaucoup de républicains, je ne parle pas des vrais, n’ont détrôné l’empereur et le bon dieu que pour se mettre à leur place … ». Elle participe à l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés et fait partie de la Commission qui surveille l’enseignement dans les écoles de filles.
      Parvenue à échapper à la répression de la Semaine sanglante, elle s’exile en Suisse où elle est invitée, en septembre 1871, au congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté. Dans son discours intitulé  La guerre sociale, elle est la première – ayant vécu l’événement – à témoigner en faveur de la Commune et à contester avec véhémence les mensonges et les calomnies répandus par le gouvernement de Thiers et ses acolytes. Après avoir dit, entre autres : « … Il n’y a en réalité que deux partis en ce monde : celui de la lumière et de la paix par la liberté et l’égalité ; celui du privilège par la guerre et par l’ignorance. », elle est interrompue et le président du congrès lui interdit de poursuivre. Pour André Léo « Les gouvernements, même s’ils se prétendent républicains, ne sont en fait que des joueurs à la bourse de l’imbécillité publique, qui haussent ou baissent avec elle ». Elle écrit sans relâche et rejoint la Fédération jurassienne de Bakounine puis, lorsque l’amnistie est décrétée en 1880, elle rentre à Paris où la rédaction de livres et d’articles pour des journaux d’extrême-gauche remplit ses journées.
      Sa vie privée va être bouleversée par un terrible drame quand elle perd ses enfants à huit ans d’intervalle, l’un à 32 ans, l’autre à 40 ans. André Léo meurt le 20 mai 1900 à Paris, laissant une œuvre considérable : romans, contes, essais, textes politiques et articles qui reflètent ses idéaux et les combats menés tout au long de sa vie pour leur avènement.
     Lorsqu’en 1869, elle écrit : « Quatre-vingts ans se sont écoulés depuis l’inauguration du droit humain, et c’est encore une nouveauté presque bizarre que de revendiquer la justice pour la femme …  privée de toute initiative, de tout essor, livrée, soit aux dépravations de l’oisiveté, soit à celles de la misère … », peut-elle imaginer que, plus de cent quarante ans après, des féministes seraient obligées de se battre pour obtenir, dans tous les domaines, l’égalité des droits entre hommes et femmes, égalité inscrite dans maints textes législatifs mais fréquemment bafouée, et pour changer des mentalités trop souvent attachées à des usages phallocrates et archaïques ?
                            
                                     Poisson-chat (18 mars 2012)

 

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