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Les onze  membres  du Conseil constitutionnel viennent  d’abroger la loi sur le harcèlement sexuel jugeant son contenu trop flou ! C’est scandaleux car cette loi, qui date du 22 juillet 1992, a été modifiée une première fois le 17 juin 1998, puis une seconde fois le 17 janvier 2002. Est-ce à dire qu’à trois reprises les parlementaires des différentes époques étaient des incapables et que ceux qu’on appelle "sages" étaient stupides puisqu’ils ont attendu dix ans avant de s’apercevoir que la loi était anticonstitutionnelle  ?

Cette histoire est cousue de fil blanc quand on sait que c’est un certain Gérard Ducray, maire adjoint de Villefranche sur Saône, ancien député du Rhône, ancien secrétaire d’Etat sous Giscard d’Estaing, condamné en appel pour harcèlement sexuel sur trois employées de sa municipalité qui, en cassation, a saisi le Conseil constitutionnel d’une "question prioritaire de constitutionnalité" considérant que la loi ne définissait pas assez clairement ce délit.

C’est donc à cause de cette intervention qu’elle a été supprimée et que de ce fait le sieur Ducray voit abandonner les charges retenues contre lui. Tous ses congénères, en attente de jugement, vont pouvoir sans vergogne et en toute impunité sabler le champagne et continuer leurs manies perverses. Quant aux victimes, qui espéraient que justice serait rendue, leurs plaintes tombant à l’eau, elles n’ont plus que leurs yeux pour pleurer !

Dans quelle société vivons-nous qui supprime, avec effet immédiat et sans contrepartie, une loi même si elle est imparfaite mais qui protégeait les femmes contre les détraqués de tout acabit, faisant souvent abus d’autorité ? En revanche, on rechigne à abroger, malgré plusieurs demandes, une ordonnance datant de plus de deux siècles, complètement dépassée et ridicule, interdisant le port du pantalon aux femmes, sous prétexte que "la portée serait purement symbolique", paroles prononcées, en 2004, par la ministre déléguée à la parité, Nicole Ameline ! Il y a des moments où j’ai honte de mes pareilles !

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Quant à la nouvelle loi – s’il y en a une ! – le temps qu’elle soit rédigée, déposée, discutée, votée, il coulera beaucoup de larmes sous les ponts malgré la promesse faite, lorsqu’il n’était encore que candidat, par le nouveau président qui va avoir bien d’autres chats à fouetter. En attendant, le vide juridique laisse les femmes (car en très grande majorité ce sont elles qui sont les proies des prédateurs sexuels)  désemparées et sans défense.

Depuis le 4 mai, ceux que la peur des sanctions retenait encore, tous les maniaques du pince-fesses, les adorateurs de la tête chercheuse à défaut d’être pensante, vont s’en donner à cœur joie et les femmes, fragilisées, se sentiront menacées en l’absence d’une loi qui est censée garantir leurs droits au respect et à la dignité.

Les féministes se mobilisent mais il faut aussi que toutes celles et tous ceux, qui trouvent ces pratiques ignobles, se joignent à elles pour réclamer d’urgence un texte approprié ne donnant lieu à aucune contestation possible et que, entre temps, des procédures soient mises en place pour les victimes actuelles et futures !

Poisson-chat (7 mai 2012)

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