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       Mieux vaudrait en rire plutôt que d’en pleurer de rage car cette histoire ne se passe pas dans un quelconque pays dominé par des intégristes religieux, mais chez nous, au cœur d’un village paisible qui se mire dans l’Ain !

      Des collégiennes de 12 à 14 ans ont eu l’idée, afin de fêter à leur façon la journée de la femme, de se mettre en jupe pour aller à l’école. Pas de quoi fouetter un chat ni faire la révolution !

      Et pourtant … Leur arrivée à l’établissement dans cet équipage – qui était la norme des filles de mon âge lorsque j’étais en classe –  a déclenché une onde de choc ! Elles ont été accueillies par des insultes du genre : Journée de la jupe, journée de la pute ! proférées par des garçons accompagnant leurs grossièretés de gestes qui en disaient long sur la mentalité et l’éducation de ces chérubins ! Tandis qu’un des professeurs signalait à sa direction des tenues indécentes, un autre proclamait que la jupe n’est pas une tenue de travail !

      Les adolescentes, contraintes de retirer l’objet du délit pour ne pas envenimer les choses, ont protesté contre cette interdiction en faisant circuler une pétition, soutenues dans cette démarche par leurs parents en colère et par quelques éducateurs.

      Ceux, qui se sont offusqués à la vue d’un cotillon, ignoraient sans aucun doute qu’une ordonnance du 26 Brumaire de l’An IX (17 novembre 1799) défendait aux femmes de porter un pantalon ! Et cette ordonnance n’a jamais été abrogée en dépit de l’article 3 du préambule de la Constitution de 1946 qui stipule "La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme" repris par celle de 1958 qui assure l’égalité des droits de tous les citoyens !

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      Voici d’ailleurs les termes de cette mesure ahurissante : Toute femme, désirant s’habiller en homme, doit se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l’autorisation. Cette autorisation ne peut être donnée qu’au vu d’un certificat d’un officier de santé … On croit rêver en lisant les mots "certificat d’un officier de santé" et quel motif médical pouvait-il bien invoquer pour justifier le port du pantalon chez sa patiente !

      Cet attribut masculin a d’abord été arboré par des femmes (ouvrières, écrivaines, voyageuses, aventurières, révolutionnaires …) qui ignoraient ou défiaient le texte mais la romancière George Sand ainsi que l’artiste peintre Rosa Bonheur, entre autres, ont dû se plier à cette directive pour pouvoir s’habiller en homme.

      Il n’en demeure pas moins qu’actuellement, mesdames, lorsque nous nous promenons en falzar dans les rues, nous sommes des hors-la-loi passibles d’une sanction. Cependant rassurons-nous car les représentants de l’ordre établi, qui voudraient faire du zèle en appliquant ce règlement ridicule, ne seraient pas assez nombreux pour verbaliser toutes les contrevenantes !

      Quand on voit qu’un banal amusement de gamines a provoqué chez certains enseignants et habitants d’une bourgade une indignation disproportionnée avec le fait, on peut se demander si un de ces jours prochains nous ne serons pas obligées de nous rendre à la préfecture pour demander la permission d’enfiler un tel vêtement ?

      A l’époque, les courageuses, qui osaient s’afficher en tenue masculine, se faisaient traiter de travesties ou de lesbiennes et aujourd’hui, celles, qui se baladent en jupe et montrent leurs jambes, excitent la trilogie qui sert de cerveau à des perturbés de la libido et sont considérées comme des provocatrices ou pire comme des putains !

      Décidément, la journée du 8 mars n’est pas dépassée et il est navrant qu’en 2012, il faille continuer de se battre contre le machisme qui frappe même les plus jeunes et contre le retour à un ordre moral qui a si longtemps brimé, muselé et emprisonné la femme dans son carcan.

Poisson-chat (31 mars 2012)

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Source : Article paru dans "Marianne" n° 778.