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A quelques très rares et épisodiques exceptions près, les médias et surtout notre bigote télé - fille aînée de l’Eglise, comme chacun sait ou ne veut pas savoir ! - se gardent bien de dénoncer et de flétrir ces casseurs-là.

Mais qui sont-ils donc et où sévissent-ils ?

Leurs visages ne se dissimulent pas derrière un foulard ; ils ne sont pas armés de chaînes ni de gourdins ; leur allure n’est pas interlope et ce ne sont pas spécialement des jeunes au teint basané venus d’ailleurs. En un mot, ils sont bien de chez nous.

Ces commandos de choc, bon chic bon genre, qui respectent les vitrines du capitalisme et les biens surabondants, que l’on distribue de temps en temps aux parias de notre société, sous forme de l’exécrable charité, brandissent goupillons et crucifix afin de débusquer le diable sous toutes ses formes.

Car le diable existe ! Ils l’ont rencontré. Même qu’il a eu le toupet de se tapir derrière la légalité pour mieux les narguer. Pas étonnant dans ce pays de sans-dieu qui osa, voilà presque quatre-vingt dix ans, bouter les Eglises hors des institutions républicaines.

Qu’à cela ne tienne, on peut toujours faire rendre gorge à une loi.

Et ils possèdent la tactique, les nostalgiques du fascisme et les cathos intégristes, "sous-marins politiques de l’Eglise de France"* ! Imitant leurs congénères américains, ils déferlent sur les centres hospitaliers qui pratiquent des avortements thérapeutiques, pour dissuader, soit par des prières et des incantations, soit par des méthodes plus musclées, médecins, personnels soignants et femmes enceintes, de renoncer à leurs " criminelles " pratiques.

Ces fanatiques détruisent du matériel médical et vont jusqu’à occuper des blocs opératoires, mettant en péril, au nom de la défense des fœtus, la vie de malades et d’opérés.

Depuis le début de l’année, une douzaine d’hôpitaux et de cliniques ont ainsi été envahis par ces culs-bénits, qui veulent empêcher les femmes de disposer du leur. Et ce n’est qu’un début, n’en doutons pas !

C’est intolérable !

Intolérable aussi le mutisme quasi général qui étouffe ces affaires.

Intolérable encore l’hypocrisie des dignitaires de l’Eglise, trop heureux de ne pas avoir à se mouiller eux-mêmes, grâce à des énergumènes qui servent leurs ambitions, en l’occurrence la suppression pure et simple du droit à l’IVG, conquis après tant de luttes acharnées afin que, plus jamais, nulle femme ne meure d’un avortement clandestin.

C’est d’autant plus intolérable que ces excités de la foi se foutent comme d’une guigne des enfants aux yeux de vieillards crevant de faim sous le soleil du tiers-monde, des fillettes assassinées à coups de poignard ou de rasoir pour d’abominables excisions, des jeunes gars de vingt ans immolés sur les champs d’horreur de la guerre avec la bénédiction des prélats de l’Eglise ("Mieux vaut la guerre que le déshonneur" ... n’est-ce pas M. Decourtray ?).

Dans ces cas-là, les pleurnicheurs d’embryons préfèrent sauver des âmes que des vies.

Allons-nous les laisser faire sans réagir ?

Allons-nous retourner quinze ans en arrière avec tout ce que cela comporte de souffrances et de honte ?

Allons-nous, femmes, être les sempiternelles victimes infantilisées, méprisées, niées, torturées de corps et d’esprit par toutes les Eglises ?

Je dénie à quiconque le droit de me dicter ce que je dois faire de mon sexe et de mon ventre.

Je veux, à ma guise, être morale, immorale ou amorale, sans que les ensoutanés me clouent au pilori en attendant de me faire rôtir sur les bûchers qu’ils rêvent, avec nostalgie, de rallumer ! 

Poisson-chat (12 janvier 1993)

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*Les Cathocrates (Les Dossiers du Canard)

Les intégristes sont toujours là, soutenus, comme naguère, par le Front National. Durant la campagne électorale de ce mois de mars 2012, Marine Le Pen n'a pas parlé de remettre la loi Simone Veil en question - ce qui ne veut pas dire qu'elle ne le ferait pas si elle était élue - mais tout simplement de dérembourser l'acte médical replongeant des milliers de femmes dans l'angoisse d'un avortement clandestin sauf pour les plus aisées qui pourront aller à l'étranger, comme au bon vieux temps des nostalgiques de l'ordre moral ...