28mars2011[1]

Le décor : une salle de café. Des consommateurs sont attablés et parmi ces figurants, la vedette, une femme jeune et belle, " comme de bien entendu " ... Evidemment, c’est une femme Barbara Gould ! Au cas où vous n’auriez pas l’œil assez perçant pour le déceler, le publiciste vous l’annonce d’entrée de jeu, afin qu’il n’y ait pas de confusion avec les marques concurrentes !

Légèrement inclinée sur un miroir de poche, la fille d’Eve contemple son minois impeccablement lisse, qui ne doit rien aux lotions et autres émulsions de jouvence miraculeuses.

Et que voit-elle se refléter dans sa psyché ? Je vous le donne en mille : un homme ! Oui, un homme ! Pas un freluquet, un pâlichon, une demi-portion, un ersatz d’homme ; non ! Un vrai, un dur, un authentique mâ..â..â..le !

Vous croyez que je galège ? Que nenni ! Ecoutez plutôt le monologue intérieur qui trotte dans cette tête jolie à défaut d’être pleine :

" Derrière moi, il y a un type in-cro-ya-ble ; il a de belles rides ! (admirative). Quand on le regarde bien, il n’est pas si vieux que ça mais il a l’air d’avoir beaucoup vécu (un éclair d’envie voluptueux donne soudain une illusion d’intelligence aux yeux vides de personnalité). C’est beau toutes ces rides (intonation appuyée sur " beau ") ; ça lui va bien en fait " (dit-elle ravie de sa géniale conclusion). Et la damoiselle d’ajouter avec une lippe mutine et un gloussement inimitable : " Ça ne m’irait pas du tout ! ".

Comme j’ai du cœur, je compatis au désespoir qui étreint la pauvre enfant à l’idée qu’une telle calamité puisse un jour lui échoir !

Trêve de badinage ! Si je suis cette démonstration on ne peut plus claire : un mec ridé est non seulement irrésistible mais, de surcroît, cela prouve qu’il a une grande expérience de la vie, de quoi faire se pâmer la midinette ci-dessus ! À contrario, on dénie aux femmes la séduction des rides et le droit d’avoir vécu ! Les sillons, profonds qui plus est, confèrent à l’homme toute sa virilité tandis qu’à sa compagne ils enlèvent toute sa féminité. Le dernier des quidams au visage buriné de baroudeur reste toujours séduisant et jeune malgré tout ; une femme au teint fripé devient une sorte de repoussoir et, à coup sûr, une vieille !

Voilà ! Qui ose encore dire que le féminisme est dépassé à l’approche de l’an 2000 ?

logo[2]

Assez de publicités montrant des femmes-objets B.C.B.G. (Belles Crétines Barbara Gould), des popotes empotées que rendent débiles les lessives, les huiles, les margarines (la liste n’est pas exhaustive) ou des mémés gâteuses sniffant la Javel ... Amies, mes sœurs, boycottons tous ces produits ! Ne donnons pas raison aux machos, émules de Proudhon qui ne voyait en nous que " des ménagères ou des courtisanes "!

Boutons hors des écrans, des journaux, des affiches, la publicité sexiste !

Au fait, j’allais oublier ! Pour clore cette réclame télévisée d’une si haute teneur en niaiserie - qui en abaissant la femme n’élève pas l’homme pour autant, au contraire - la voix masculine du début susurre : " Soin majeur anti-rides Barbara Gould, des femmes qu’on n’oublie pas ! ".

Je réponds à ce monsieur - ne lui en déplaise - que, pour entendre de telles inepties, la plupart des femmes préféreraient qu’on les oubliât ! Pour ce qui me concerne, les crèmes dites de beauté B.G. me sortent par tous les pores de la peau ... c’est le cas de le dire.

Et je crie très fort aux tristes loustics qui se creusent les méninges pour accoucher de bêtises aussi éculées, à ceux qui les cautionnent et à ceux qui empochent, sans vergogne, de substantielles prébendes :

" Je ne suis pas et ne serai jamais une femme Barbara GOURDE !... " 

Poisson-chat (26 Juillet 1993)

Il y a encore trop de publicités sexistes envers les femmes mais aussi, quelques rares fois, à l'encontre des hommes, ce qui n'est pas mieux !

 

58967034_p[1]