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En Hommage à Nicole Boucheton

Contrairement à la Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg, il n’existe pas, au pays des droits de l’Homme, une loi permettant l’euthanasie active et le suicide assisté pour ceux qui le demandent.
A l’exemple de 159 de nos compatriotes qui ont été contraints de partir en Suisse entre 1998 et 2013 pour bénéficier du suicide assisté, Nicole Boucheton, 64 ans, en phase terminale d’un cancer, refusa une courte prolongation de sa vie au prix d’une chirurgie mutilante qu’elle jugeait dégradante et inacceptable, et s’exila en Suisse, au mois d’août dernier, pour y mourir lucide et digne. Cette humaniste libre-penseuse était une militante infatigable, engagée dans le combat que mène depuis plus de trente ans l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (A.D.M.D.) dont elle était la vice-présidente.

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 Le 19 novembre 1979, le journal Le Monde faisait paraître un article de l’écrivain Michel Lee Landa « Un droit » qui lui valut un courrier abondant et enthousiaste. Dans cette tribune de plusieurs colonnes, il écrivait entre autres : "A qui veut bien réfléchir, la liberté – et donc le droit – de mourir dignement, à son heure, selon son style, apparaîtra évident et en parfait accord avec notre sensibilité moderne. Un jour, une telle liberté sera reconnue comme une exigence morale imprescriptible et aussi impérieuse que la liberté de parler et de s’informer ". Il n’a pas attendu qu’on la lui donne cette liberté. Il l’a prise ! Atteint d’un cancer incurable, il se suicida à son domicile en août 1981, en parfait accord avec ce qu’il revendiquait. Avant de partir, il créera l’A.D.M.D. et en deviendra le premier président. Aujourd’hui, elle compte près de 50.000 membres mais nous devrions être des millions puisque selon des sondages récents et de sources différentes, 92 % des interrogés se disent favorables à une loi autorisant l’euthanasie volontaire!
Depuis sa création l’A.D.M.D., à travers ses délégués, ses militants, ses adhérents, de milieux sociaux divers, anonymes ou célèbres, et le soutien de nombreuses personnalités, multiplie les conférences, les débats, les réunions, les actions et les interventions auprès des médias et des pouvoirs publics.
Ce combat aboutit, en mars 2002, au vote de la loi Kouchner qui préconise la lutte contre la douleur et le refus de l’acharnement thérapeutique.
Puis, en 2003, l’affaire Vincent Humbert défraya la chronique. Ce jeune homme tétraplégique, aveugle et muet à la suite d’un grave accident de la route, demanda en vain au président Chirac le droit de mourir. Alors Marie Humbert, aidée du docteur Chaussoy, provoqua le décès de son fils.

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C’est à la suite de ce drame qu’une mission parlementaire, dirigée par le docteur Jean Léonetti, mit sur pied en avril 2005 la loi relative « aux droits des malades et à la fin de vie » qui s’est contentée de renforcer des droits déjà existants et de régler les procédures de limitation des traitements.
En outre et sans jamais la nommer, le texte reprend deux idées de l’A.D.M.D. : la personne de confiance et les directives anticipées que chacun devrait rédiger afin que ne se renouvelle pas l’histoire actuelle et lamentable de Vincent Lambert tétraplégique en état végétatif dont les parents, proches de la mouvance catholique intégriste « La fraternité Saint-Pie X », s’opposent à l’épouse laquelle veut respecter les volontés de son mari que, malheureusement, il n’a pas écrites !
Le droit du malade de rejeter une médication a été confirmé mais ce droit  au « laisser mourir », soit de maladie en refusant tout remède, soit de faim et de soif en refusant alimentation et hydratation, est inhumain ! C’est ce qu’on appelle l’euthanasie passive ! Quelle honte et surtout quelle hypocrisie car cette « passivité » conduit inéluctablement à la mort après des agonies intolérables !
Depuis 1980, les gouvernements de gauche et de droite se sont succédé mais rien n’a bougé en matière d’euthanasie. A gauche, on trouve beaucoup de politiciens favorables mais aussi des mous, des pas très courageux, des indécis telle Ségolène Royal, des franchement contre comme ce fut le cas de Lionel Jospin lorsqu’il était premier ministre, ce qui eut pour conséquence le suicide à 92 ans de sa mère Mireille qui a voulu "partir avant que les détériorations s’installent !"
La grande majorité de la droite (l’UMP, l’UDI-Modem, le PDC de l’inénarrable Christine Boutin …) est hostile à l’euthanasie ainsi que tous les courants de l’extrême droite dont le F.N est le plus représentatif. Ce sont toujours les mêmes, ceux qui ont bataillé contre la contraception, l’IVG, le PACS et récemment le mariage pour tous ! Ce sont les mêmes intolérants, les mêmes réactionnaires, les mêmes obscurantistes religieux qui, après avoir empêché durant des siècles les femmes de disposer de leur corps, veulent aujourd’hui empêcher les citoyens de disposer de leur fin de vie.
"Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ". Le ciel s’éclaircit soudain en 2012 avec cet engagement 21 du candidat Hollande, en dépit d’une fin de phrase ambiguë et du mot euthanasie jamais prononcé !

 

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Plus de deux années se sont écoulées encombrées de commissions et de rapports qui n’ont débouché sur rien ; deux années de tergiversations et de reculades ! Aussi, la dernière trouvaille a été de nommer, par décret du premier ministre, à la tête d’une énième commission, Jean Léonetti (UMP) afin qu’il « aménage » sa propre loi !
Que peut-on espérer d’un homme qui est un opposant indécrottable à l’euthanasie et au suicide assisté et qui a dit : « Si l’on regarde les prises de positions de François Hollande, on ne va pas vers une dépénalisation de l’euthanasie » ? Que peut-on attendre également d’un gouvernement dont la ministre de la santé, Marisol Touraine, à l’instar de Jean Léonetti, a refusé de recevoir l’A.D.M.D. ? Le président redouterait-il les démonstrations violentes des anti mariage pour tous qui sont également des anti euthanasie acharnés ? Où est la démocratie quand les 8 % défavorables font la loi ?
Assez de Vincent Humbert, de Chantal Sébire, de Rémy Salvat, de Vincent Lambert pour ne citer que les cas médiatisés car des centaines de personnes meurent chaque jour dans des conditions révoltantes !

Combien faudra-t-il encore d’affres inutiles, d’avilissements insoutenables pour conquérir cette ultime liberté ? Si nous n’obtenons pas ce droit sous un gouvernement de gauche et si la droite – voire pire – l’extrême droite gagnait les élections de 2017, nos espoirs seraient enterrés et pour longtemps !
Poisson-Chat (05 septembre 2014)

Pour ceux qui l’ignoreraient, « euthanasie » veut dire « bonne mort » en grec ancien.

 

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