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Mère Noël
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Voie de l’Utopie
33500 LIBOURNE



Chère mère Noël,

    Je suppose que tu ne reçois jamais de courrier ! Sauf une fois lorsque Pierre Perret t’envoya une chansonnette il y a plusieurs années déjà.
   A mon tour je t’écris tout en ayant du scrupule à te déranger car tu dois être surchargée de travail. En plus du secrétariat à plein temps que tu assumes et qui, en ce moment, rogne ton sommeil, parce que répondre aux millions de lettres reçues par ton si populaire mari tient de la prouesse, tu prends soin de lui comme 80 % des épouses ou compagnes dont le rôle est inchangé depuis des siècles (d’après une statistique récente) à cause des préjugés tenaces et d’un machisme qui a encore de beaux jours devant lui !
    Afin que père Noël puisse en tout égoïsme satisfaire à sa célébrité, tu dois pourvoir à tout : nettoyer son bel ensemble rouge sali à force d’escalader les cheminées et de glisser dans les conduits noircis, mettre des pièces aux accrocs faits par les antennes de télévision et autres paraboles, brosser avec délicatesse la fourrure blanche qui orne son habit, ses bottes et son bonnet, astiquer la hotte aux jouets, graisser le traîneau, étriller et bouchonner les rennes crotteux, aller chercher le fourrage, remplir les mangeoires, enlever le fumier et  mettre de la paille sèche dans l’étable. Je passe volontiers sur toutes les autres tâches qui t’incombent tant elles sont – pour ceux qui ne les accomplissent pas – banales, faciles, ingrates voire dévalorisantes, en un mot « féminines » dit-on ! Et puis, mère Noël, je ne peux t’imaginer sans une ribambelle de petits Noël. Alors là, chapeau ! Il faut être Femme pour concilier l’inconciliable !
   Après t’avoir rendu l’hommage que tu mérites, toi l’inconnue plus inconnue encore que la femme du soldat inconnu, et ne pouvant compter sur ton fanfaron d’époux qui préfère se pavaner devant les vitrines enluminées des magasins à la grande joie des badauds, je m’adresse à toi pour que tu exauces, comme dans les contes de fée, trois des désirs qui me tiennent le plus à cœur et qui concernent justement les enfants.

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     En premier, je voudrais que, de par le monde, il n’y ait plus de gosses esclaves du travail forcé ou de la prostitution, qu’ils ne soient plus les victimes des guerres ou mourant de faim dans des contrées rendues stériles par notre faute ou, pour certains, cherchant de la nourriture au milieu des immondices ou encore, comme c’est le cas chez nous, obligés de dormir dans les rues avec leur mère à cause de loyers exorbitants et de salaires de misère.
    En second, je te demande de faire disparaître toutes les violences faites aux fillettes, tous les symboles de soumission dont on les affuble dès leur prime enfance, toutes les mutilations qu’elles subissent dans de nombreux pays et que tu brises les chaînes qui entravent leur corps et leur esprit.
     Pour mon dernier vœu, qui devrait être le plus facile à contenter, j’aimerais que tu supprimes les stéréotypes, les cloisonnements entre filles et garçons. Qu’ils ne reçoivent plus systématiquement en cadeaux des autos, des trains, ou l’arsenal du plombier pour les possesseurs de robinet et l’indestructible panoplie de la parfaite ménagère et celle de la parfaite coquette pour les bambines, donnant toujours raison, 150 ans après, au triste Proudhon qui n’attribuait à la femme que deux rôles « ménagère ou courtisane ».
    Je ne crois plus au père Noël et mes jouets, cassés depuis longtemps, sont irremplaçables. Cependant, j’aimerais croire en toi car « la femme est l’avenir de l’homme »  disait le poète et si tu exauçais mes souhaits, ce serait le plus magnifique Noël de ma vie ! Mais pourras-tu faire des miracles à l’approche de cette fête que d’aucuns vénèrent en souvenir d’un soi-disant sauveur suprême incapable du haut du ciel, à deux pas de ta voie lactée, de faire quelque chose pour changer les choses ?
     Je me rends compte que mes doléances sont très difficiles à satisfaire. Je te remercie néanmoins d’avoir consacré un peu de ton temps compté pour lire ces lignes et de tenter l’impossible pour réaliser mes voeux, en cette période qui devrait être d’égalité et de fraternité indispensables à la vraie liberté.

     En espérant que tu passeras un joyeux réveillon en famille, je te prie de croire en ma solidarité sororale.
 
Poisson-chat
(08 décembre 2009)

 

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