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Comment peut-on faire preuve d’originalité quand on est un président « normal » ? Alors, comme ses prédécesseurs, tous des présidents normaux, il n’a pas raté l’occasion d’aller baiser la main papale !

Notre François doit avoir beaucoup de péchés à se faire pardonner et le pire, un péché mortel, celui du « mariage pour tous ». Circonstance aggravante, la loi sur la fin de vie dépénalisant l’euthanasie volontaire va déclencher à nouveau les foudres du Vatican en dépit des trois points que notre président a en commun avec le roi des manipulateurs de la secte catholique : le prénom, la tonsure et le célibat !

Naïvement et sans doute parce que je suis dépassée et ringarde, je pensais que le socialisme était antimilitariste, anticlérical et anticapitaliste ! Je dois retarder de pas mal de décennies !

Il en avait déjà pris un sérieux coup dans l’aile au congrès de 1969 qui marquait la fin de la Section Française de l’Internationale Ouvrière et la naissance du Parti Socialiste, remplaçant le symbole des trois flèches à l’intérieur d’un cercle rouge par la rose au poing au congrès d’Epinay en 1971.

Antimilitariste ? c’est cuit ! En tant que chef d’Etat, Hollande est aussi le chef suprême des armées qui a le pouvoir de déclarer une guerre, d’envoyer des hommes au combat ou d’appuyer sur le bouton de l’apocalypse et puis, n’a-t-il pas dit lors de sa conférence de presse du 14 janvier « Je suis surtout patriote » ! Patriote ? … comme la droite ! Patriote ?… comme l’extrême droite ! Et tout comme elles, chantant à tue-tête lors de réunions ou de rassemblements «  … qu’un sang impur abreuve nos sillons ! », ces mots féroces qui avaient sans doute leur raison d’être en 1792 mais plus aujourd’hui dans un pays en paix depuis bientôt soixante dix ans et dont le ministère de la guerre a été remplacé, depuis belle lurette, par le ministère de la défense !

Où sont donc passés l’internationalisme de la S.F.I.O. et ce superbe chant « l’Internationale », hymne universel de la classe ouvrière, que ce Parti Socialiste, qui n’en a plus que les initiales, n’a ni le courage ni même l’envie d’entonner ? A la trappe, tout simplement.

Anticlérical ? Que nenni ! Quand un abysse sépare deux conceptions, il n’y a aucune conciliation possible et la clique vaticane, soutenue par les fervents défenseurs de la morale chrétienne, voudrait mettre à bas l’IVG, le PACS et bien évidemment « le mariage pour tous » sans oublier l’anathème jeté sur le préservatif.

La séparation des Eglises et de l’Etat n’est plus qu’une mascarade grotesque quand le président de notre République laïque, de surcroît … socialiste, promet au pontife romain de consulter les autorités religieuses françaises afin qu’elles donnent leur avis sur l’aide active à mourir approuvée par plus de 85 % des Français.

C’est d’autant plus scandaleux quand on sait pertinemment que ce sont les mêmes cléricaux et leur troupeau de bien-pensants arriérés qui déversent leur haine lors de manifestations à répétition, afin de contrecarrer des lois de progrès adaptées au 21ème siècle !

Ils redescendront dans la rue ces excités, ces intolérants, pour empêcher ceux qui ne pensent pas comme eux de bénéficier du droit de choisir leur fin de vie, comme ils voulaient – et veulent toujours – empêcher les femmes de disposer de leur corps.    

Qu’a-t-il donc été faire dans cette galère, notre président rose pâle dont le poing n’est plus qu’une main tendue ? Les voies du seigneur étant impénétrables, personne ne saurait le dire avec certitude. On peut supposer qu’il essaie de se rabibocher avec certains cathos et de racoler leurs voix car des élections se profilent à l’horizon alors que sa cote de popularité est dans les trente sixième dessous ? Mais ce ne sont que des supputations.

Anticapitaliste ? Alors là, franchement, je rigole ! Qui mieux que lui roule pour le patronat avec une politique économique et sociale virant à la couleur jaune du libéralisme?

La loi votée le 11 janvier sur l’Accord National Interprofessionnel (A.N.I.) disloque le code du travail, contribue au chantage à l’emploi et à la diminution des salaires sous prétexte de compétitivité. Les quelques droits, concédés en contrepartie aux salariés, contiennent des restrictions et des modalités permettant de passer outre. Les employeurs se frottent les mains d’autant plus que la fameuse mutuelle pour tous ne sera effective qu’en 2016 alors qu’ils profitent d’ores et déjà des avantages accordés avec tant de complaisance !

Mais la dernière trouvaille de notre président « normal », c’est le pacte de responsabilité.

Un vrai jeu de dupes où les cartes sont truquées, les promesses des employeurs – tout comme les promesses électorales – n’engageant que ceux qui y croient ! Et lorsque le MEDEF promet un million d’emplois contre 50 milliards de baisse de charges (30 milliards d’allocations familiales qui s’ajoutent aux 20 milliards de crédit d’impôts déjà octroyés), on peut en douter sérieusement car personne n’a le pouvoir d’obliger les patrons à embaucher. Les largesses, qu’ils ont reçues de la droite comme de la gauche, n’ont jamais produit les boulots espérés ni freiné les licenciements massifs et le chômage qui ne cesse au contraire d’augmenter. Et puis, quels genres de jobs seront créés – s’ils le sont – dans une période où le travail précaire ou à temps partiel et les salaires au rabais sont monnaie courante ? Et le gouvernement comment va-t-il compenser ces cadeaux mirobolants ? Car, en définitive, il faudra bien que quelqu’un paye et les dindons à plumer sont toujours les mêmes !

* Enterré donc l’antimilitarisme qui faisait la fierté d’un parti se réclamant de l’internationale ouvrière et farouchement opposé aux marchands de canons !
* Enterré l’anticléricalisme quand l’amnésie fait oublier que justement le cléricalisme, c’est l’ennemi !
* Enterré l’anticapitalisme lorsqu’au détriment des travailleurs on favorise les actionnaires et qu’on fait des risettes aux tout-puissants maîtres d’industrie !

De toute façon, notre frétillant ministre de l’Intérieur, digne successeur de Claude Guéant, l’emporte in fine puisqu’il écrivait il y a quelque temps « Nous sommes en train d’essayer de définir le socialisme, alors que le mot lui-même s’est éteint ». Et Hollande, toujours lors de sa conférence de presse du 14 janvier, d’ajouter avec insistance pour bien se faire comprendre au cas où nous aurions la cervelle ramollie : « Je suis un social-démocrate ».

Alors, qu’attendent-ils pour que le Parti Socialiste change de nom et devienne le Parti Social Démocrate, c’est-à-dire le Parti Soumis au Diktats (financiers et religieux) ?

Poisson-chat
(10 février 2014)imgscan-contrepoints-2014594-virage-social-libéral