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      Chaque 8 mars rappelle le combat mené par les femmes pour obtenir des droits qu’on leur déniait parce que les hommes, depuis des temps immémoriaux, avaient décrété une bonne fois pour toutes leur infériorité innée ! Dès la naissance elles étaient donc infantilisées, abêties et les stéréotypes, dans lesquels on les enfermait, les confinaient dans des tâches subalternes, aliénantes, dévalorisantes ou frivoles. Pour des millions de mes semblables à travers la planète, cet état de choses se perpétue prouvant que la célèbre phrase de Simone de Beauvoir: « On ne naît pas femme, on le devient » est toujours d’actualité !    

     En 2014, cette journée a plus que jamais sa raison d’être puisque l’obscurantisme revient au galop essayant de couvrir de son ombre liberticide les conquêtes arrachées sous les moqueries, les insultes, l’intimidation voire les menaces haineuses de ceux qui s’accrochaient à leurs privilèges.    

     Les culs-bénits se mobilisent et veulent derechef nous empêcher de disposer du nôtre et ils sont prêts à tout pour liquider l’IVG.    

     Les luttes pour conquérir ce droit important ont commencé il y a bien longtemps. Bien avant la création de l’association « Choisir » et du procès de Bobigny où maître Gisèle Halimi défendit, en 1972, une adolescente de 17 ans qui, avec l’aide de sa mère, s’était fait avorter après un viol. Bien avant le manifeste paru en 1971 dans le Nouvel Observateur et signé par 343 actrices, avocates, doctoresses, écrivaines, humoristes, journalistes et autres déclarant haut et fort avoir avorté. Surnommées les « 343 salopes » suite à un dessin satyrique de Cabu sur la page de couverture de Charlie Hebdo, qui vilipendait les politiciens conservateurs à travers le portrait de Michel Debré, nataliste acharné, ce manifeste eut un retentissement sans précédent ! Bien avant également la naissance officielle du planning familial en 1967.     

     Il serait ingrat et injuste de ne pas rendre l’hommage mérité à ces femmes et aussi à ces hommes qui ont contribué à l’avènement de la loi de 1975 que Simone Veil présenta et défendit, méritant d’autant plus notre reconnaissance qu’elle fit face avec une ténacité et un courage admirables à la hargne hystérique de nombreux députés dont la plupart appartenaient à son propre parti.     

     Mais il serait encore plus ingrat et plus injuste d’ensevelir sous la chape de l’oubli les militants anarchistes de la fin du 19ème siècle, tels Sébastien Faure, Jeanne Humbert, Eugène Humbert, Nelly Roussel, Paul Robin, Madeleine Pelletier, néomalthusiens qui soutinrent et propagèrent au mépris de leur sécurité la thèse de la « maternité consciente ».    

     C’est en 1920, sous la puissante influence des réactionnaires et des cléricaux que fut promulguée la loi scélérate interdisant toute propagande en faveur de la contraception ou de l’incitation à l’avortement. La grande boucherie de la mal nommée « der des ders » avait décimé la population – principalement masculine – et il fallait repeupler la France de chair à canon en vue d’une prochaine saignée !    

     C’est pourquoi les intrépides devanciers, qui préconisaient le contrôle des naissances et le recours à l’avortement, furent évidemment les premiers à subir les perquisitions policières, les poursuites et les condamnations allant jusqu’à l’emprisonnement.    

     Pendant les années du Front Populaire, la S.F.I.O. – composée d’une majorité de machos que l’on trouvait dans tous les milieux – considérait la femme uniquement dans son rôle de génitrice et n’abrogea pas cette loi inique afin de ne pas effrayer ses électeurs (les électrices n’existant pas encore).     

     De son côté, le Parti Communiste, imitant aveuglément la politique de l’Union Soviétique stalinienne, défendait mordicus une natalité lapiniste.    

     Pour parfaire ce tableau idyllique, le régime de Pétain, qui avait remplacé la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » par « Travail, Famille, Patrie », non content de supprimer les institutions républicaines et les libertés essentielles, réprima durement l’avortement déclaré « crime contre la sûreté de l’Etat », puni de prison ou de travaux forcés et même de la peine capitale comme ce fut le cas de Marie-Louise Giraud condamnée à monter sur l’échafaud en 1943 pour avoir aidé des malheureuses dans la détresse.     

     Il n’y allait pas avec le dos de la cuillère ces beaux messieurs, ces pères la vertu ! Leur dénominateur commun, tous partis confondus en dehors de quelques exceptions, était la peur que la femme leur échappât en devenant seule maîtresse de sa sexualité et de ses maternités.   

     C’est pourquoi, sans l’opiniâtreté, le cran, l’abnégation de pionniers audacieux, il n’y aurait jamais eu, quatre-vingts ans plus tard, de contraception libre ni de texte autorisant l’avortement thérapeutique.    

     Aujourd’hui, dans plusieurs pays, cet acquis est menacé ! Aux Etats-Unis, le parlement américain le remet en cause ; en Espagne, le gouvernement conservateur veut l’abolir ; en Suisse, une initiative est prise pour ne plus rembourser l’acte … et chez nous ? Si la loi Veil est toujours en vigueur malgré ses détracteurs qui voudraient l’envoyer ad patres, l’accès à l’avortement est rendu de plus en plus difficile et compliqué à cause de la fermeture de nombreux centres IVG. La liste s’allonge des demandes non satisfaites dans les délais impartis, obligeant des femmes, quand elles en ont les moyens financiers, à partir à l’étranger.                

     Et puis, ça vient de sortir, une vingtaine de députés UMP demande le déremboursement de l’IVG rejoignant en cela Marine Le Pen qui, au cours de la campagne électorale de 2012, avait fait une promesse identique. Elle aussi parlait de banalisation, d’avortements de confort, comme si c’était une partie de plaisir à laquelle s’adonnaient des écervelées ou des inconscientes ! Quelle honte tant de bassesse et de mépris !     

     D’ailleurs le fil est ténu qui sépare les deux partis. Au cours de la manifestation du dimanche 2 février dernier, on pouvait voir des députés UMP et la députée FN, Marion Maréchal (nom prédestiné !) unis dans la même bataille rétrograde !     

     Il faut veiller au grain ! La menace est réelle … Les nostalgiques du fascisme, les jusqu’au-boutistes religieux, les intégristes de tout poil, les fervents défenseurs de l’ordre moral (le leur, bien sûr), partent en croisade multipliant les rassemblements et parfois même les exactions !    

     Allons-nous revenir aux aiguilles à tricoter, à la clandestinité avec son lot de souffrances, de mutilations, de mortes ? Aucune répression, y compris la plus implacable, n’a jamais empêché une femme désespérée d’avorter au péril de sa vie !    

     Tous ces intolérants, ces hypocrites, pleurnichent sur des embryons mais ne verseraient pas une larme si on envoyait des gars de vingt ans au casse-pipe et Guy Bedos d’ajouter avec raison : « Ceux qui sont contre l’avortement sont les mêmes qui sont pour la peine de mort ».

Poisson-chat
(06 février 2014)

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