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Le 8 mars 1911, il y a juste cent ans, avait lieu la première manifestation qui rassembla plus d’un million de femmes rien qu’en Europe.

Cette journée internationale des droits des femmes fut initiée par une féministe allemande : Clara Zetkin, qui voulait " un premier mai des femmes ". C’est elle qui proposa, en août 1910 à Copenhague, lors de la deuxième conférence internationale des femmes socialistes, la création d’une journée annuelle de revendications afin d’obtenir l’égalité totale de droits entre les femmes et les hommes.

Ses premiers engagements

Clara Eissner naît à Wiederau en Saxe le 5 juillet 1857. Fille d’un instituteur de campagne, elle se destine elle-même à l’enseignement et, grâce à sa mère qui entretient des relations avec les militantes des droits des femmes, elle fréquente très jeune les mouvements féministes et participe aux débats politiques. A la fin de ses études, elle a en poche un diplôme d’enseignante spécialisée en langues étrangères.

Acquise aux idées des sociaux-démocrates, elle adhère en 1878 au parti social-démocrate allemand interdit par le chancelier impérial Bismarck la même année.

Son exil

Elle part pour Zurich où elle rencontre le révolutionnaire russe Ossip Zetkin son futur compagnon dont elle prendra le nom bien qu’ils ne soient pas mariés. Ils auront deux enfants et elle vivra avec lui jusqu’à sa mort en 1889.

Elle se retrouve à Paris en 1882 et se noue d’amitié avec des communards tels Eugène Pottier et Louise Michel. A la fin des années 80, elle est nommée déléguée des femmes socialistes de Berlin et  participe activement à la fondation de la IIème Internationale où elle réclame l’égalité complète des droits professionnels et sociaux de la femme ainsi que sa participation active à la lutte des classes.

Son combat pour les femmes et pour la paix

Après l’abrogation des lois anti-socialistes, elle revient en Allemagne en 1890 où elle devient une figure emblématique du socialisme allemand, développe le mouvement féminin socialiste, milite sans relâche pour les droits des femmes et, en 1891, fonde la revue des femmes socialistes " Die Gleichheit " (L’Egalité), qui paraîtra jusqu’en 1917.

En 1907, lors de la première conférence internationale des femmes socialistes à Stuttgart, Clara Zetkin est désignée à la présidence du secrétariat international des femmes socialistes.

Dans les années qui précèdent le déclenchement de la première guerre mondiale, Clara consacre l’essentiel de ses efforts à la lutte anti-militariste et, dans son rapport au congrès de Bâle en 1912, elle demande à l’Internationale de répondre à cette menace par la grève générale et si possible par la révolution.

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Son combat féministe est étroitement lié à son combat pacifiste et politique.

Elle participe, en 1915, avec Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, à la création  de " la Ligue spartakiste ", qui s’oppose à la majorité de son parti favorable à la poursuite de la guerre.

Ses nombreuses actions pacifistes et sa conférence de Berlin, violente diatribe contre la guerre, lui vaudront d’être arrêtée et emprisonnée à maintes reprises.

La députée

Les femmes socialistes allemandes avaient revendiqué, lors de la journée du 8 mars 1914, le droit de voter et d’être élues. La révolution allemande de novembre 1918 leur permit d’obtenir ces droits. Clara Zetkin joue un rôle essentiel – avec Rosa Luxembourg – dans la création du parti communiste d’Allemagne (KPD), créé en décembre 1918. En 1920, elle est élue au Reichstag et les années suivantes elle assiste à la montée du nazisme en Allemagne tandis que l’arrivée au pouvoir de Staline la met à l’écart de l’Internationale communiste.

Le 30 août 1932, âgée de 75 ans, en sa qualité de doyenne du Reichstag, elle prononce le discours d’inauguration du parlement où dominent les " chemises noires ". Elle lance un vibrant appel à lutter contre le nazisme. Ce sera son dernier coup d’éclat public. Contrainte de fuir son pays avec l’arrivée des nazis au pouvoir et l’interdiction du KPD, elle part à Moscou où elle meurt le 20 juin 1933 dans des conditions qui n’ont jamais été élucidées. Sa tombe se trouve le long des murs du Kremlin, sur la place Rouge.

La féministe

Elle défendit avec ardeur sa conception du couple au sein duquel les partenaires devaient être égaux en droits et les garçons comme les filles prendre part aux soins du ménage. Propagandiste infatigable de l’émancipation féminine grâce à l’instruction et à la formation professionnelle, elle fut une partisane convaincue du travail des femmes, seul moyen pour elles d’accéder à l’autonomie.

Conclusion

Ses convictions comme celles de beaucoup de féministes ont survécu et certaines sont devenues des réalités. Cette journée internationale de revendications féminines, voulue par une femme courageuse révoltée par le sort de ses semblables, n’est pas du folklore, pas plus qu’elle n’est dépassée ou obsolète, n’en déplaise aux esprits chagrins.

Car il y a encore tant à faire, tant de luttes à mener contre les injustices, les discriminations, les violences subies par des femmes à travers le monde mais aussi chez nous !

Alors, comme le clamait Clara Zetkin : " Mettons-nous au travail dans la lutte! … Spartacus, lève encore plus haut ton drapeau ! Esclaves, en avant ! …

 

Poisson-chat (12 mars 2011)  

 

 

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