Excision[1] 

Les mots et le poème ci-dessous, écrits il y a presque quatorze ans, sont hélas toujours d'actualité car il y a quelques jours, un couple de Guinéens a été arrêté et mis en examen pour avoir fait exciser ses quatre petites filles. Quelques années auparavant, les deux aînées avaient aussi subi cette mutilation abominable ...

(2 juin 2012)

Lorsqu’on est femme, on ne peut que s’indigner. On ne peut que partager la force de cette phrase de Benoîte Groult, extraite de son livre "Ainsi soit-elle":

On a mal au con n’est-ce pas ? On a mal à ses caractéristiques féminines, on a mal au cœur de soi-même, on a mal à sa dignité humaine, on a mal pour toutes ces femmes qui nous ressemblent et qui sont niées, esquintées, détruites dans leur vérité.

Le sujet revient périodiquement, parfois à l’occasion de la mort d’une enfant, comme ce fut le cas il y a quelques années de Bobo, la petite malienne de trois mois décédée, sur notre sol, à la suite d’une excision.

Aujourd’hui, c’est la Lettre estivale d’Amnesty International, qui donne un bilan monstrueux de ces pratiques odieuses et nous replonge au sein de l’insoutenable : 135 millions de femmes sont à jamais mutilées, traumatisées et d’autres continuent, en Afrique principalement mais aussi dans le reste du monde, à être martyrisées au nom de traditions phallocratiques ancestrales. 

Le poème, que j’ai composé, est à la fois un cri de révolte contre cette barbarie et un cri de solidarité envers ces malheureuses qui sont mes sœurs car j’aurais pu naître là-bas …

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Femmes qui, comme moi, connaissez la tendresse,

La fièvre d’être aimées et d’aimer en retour,

La douceur, la passion, la merveilleuse ivresse

Que tisse autour de vous chaque geste d’amour ;

 

Le bonheur exaltant de ces moments intimes

Où le corps rassasié s’alourdit de sommeil,

Femmes, pendant ce temps, des millions de victimes

Gravissent un calvaire à nul autre pareil !

 

Subir l’acte sexuel est un nouveau supplice

S’ajoutant à celui de la mutilation,

Coutume qui survit avec l’accord complice

Des parents abrutis par les superstitions.

 

Bien souvent à l’abri de ma chambre douillette,

J’entends d’horribles cris et je vois un couteau

Que brandit la matrone au-dessus des fillettes ;

Qui donc arrêtera la main de leurs bourreaux ?

 

Qui donc empêchera qu’on excise des femmes

Et qu’on les infibule au nom de religions

Etroitement liées aux traditions infâmes

Perpétuées au grand jour dans nombre de régions ?

 

Tout en moi est fureur quand je pense à l’enfance

Dont le sexe innocent est livré au rasoir

Et dont la voix se brise en hoquets de souffrance

Rendant les clairs matins plus sombres que les soirs !

 

Tandis qu’on stigmatise exactions et tortures,

N’est-ce pas scandaleux ce silence enlisé

Qui laisse s’accomplir de telles forfaitures

Même dans des pays qu’on dit civilisés ?

 

Chaque instant sont bafoués vos droits élémentaires

Femmes, lorsque l’on touche à votre intégrité !

Dénonçons sans répit tout acte sanguinaire,

Crime impuni commis contre l’Humanité.

 

Poisson-chat (13 septembre 1998)

 

excision[1]