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Nations, mot pompeux pour dire barbarie, l’amour s’arrête-t-il où s’arrête vos pas ? Déchirez ces drapeaux ; une autre voix vous crie : " L’égoïsme et la haine ont seuls une patrie ; La Fraternité n’en a pas ! ". (La Marseillaise de la Paix. Lamartine - 1841)

                                                 

Les élections présidentielles se suivent et se ressemblent. Après la bousculade pour l’investiture et les coups en vache afin d’être l’élu, vient la course aux cinq cents parrainages et le cinoche habituel du sieur Le Pen qui se pose en éternelle victime et tient à son auréole de martyr.

Tout cela n’est guère exaltant et lamentablement banal mais ce qui est beaucoup moins banal, c’est que pour la première fois une femme a des chances d’atteindre le plus haut sommet ! Toutes mes fibres féministes frémissent d’aise, n’en déplaise aux machos encore trop nombreux persuadés que le phallus leur confère un cerveau supérieur et, partant, plus d’intelligence et de capacités à diriger.

En dehors de Bayrou qui, en bon jésuite, veut ménager la chèvre et le chou, concilier les inconciliables et tangue de gauche à droite tel un navire ballotté par la tempête, les deux principaux adversaires en lice sont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Avec Sarkozy, la France d’en bas (sic) n’a pas fini d’en baver ! Les acquis sociaux – déjà bien amochés – le droit de grève, la représentativité des syndicats vont être remis en cause. Le MEDEF, qui soutient à fond le candidat de l’UMP, se frotte les mains car grâce à lui, le retour du patronat de droit divin arrive au galop et les salariés l’apprendront à leurs dépens ! 

Sarko, c’est aussi le libéralisme débridé, inspiré du modèle américain, que ce seigneur des temps modernes défend avec acharnement. Il veut également baisser l’impôt sur la fortune, instaurer une TVA sociale et une franchise pour les remboursements médicaux, pratique courante des assurances. Ce nouveau coup porté à la sécu touchera de plein fouet les plus défavorisés.

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Pour ce qui est des logements sociaux, on sait que la loi est impunément bafouée, notamment à Neuilly dont il est le maire, puisque lesdits logements ne représentent guère plus de 1 % au lieu des 20 % exigés. Comment ceux qui vivent dans des logis insalubres, sont parqués dans des ghettos de banlieues ou campent au bord des autoroutes à cause de loyers devenus exorbitants, pourraient-ils accorder leur confiance à un homme qui roule pour les nantis ? 

Il veut également que les gens travaillent plus et plus longtemps alors que de nombreux jeunes chômeurs cherchent en vain un job, que des quinquagénaires se trouvent sur le siège éjectable tandis que des boîtes licencient à tour de bras et se délocalisent à l’étranger pour augmenter des profits déjà faramineux. Mais Sarko a trouvé la solution, devenue coutumière, octroyer toujours plus d’aides aux entreprises et les exonérer de nouvelles charges ce qui ne favorisera pas pour autant des embauches permettant de vivre décemment et n’empêchera pas les licenciements et la recherche de gains démesurés dans les pays où la main-d’œuvre est honteusement exploitée.

Pour faire bonne mesure, Sarko se vautre dans la boue Le Peniste avec le " sécuritaire " à tout crin, l’immigration choisie, la politique des sans-papiers et l’identité nationale qui deviennent ses chevaux de bataille électorale.

A-t-il oublié que son père était un immigré et qu’un immigré est arraché à sa terre natale le cœur déchiré, chassé par des événements politiques, des persécutions, la guerre, ou la misère !

Voter Sarko, c’est donc l’avoir dans le … dos !

Une société libertaire n’étant qu’un rêve encore lointain, entre deux maux, il faut choisir le moindre. Le moindre, pour moi – car les partis d’extrême gauche n’ont aucune chance – c’est la représentante du parti socialiste en dépit du fait qu’elle ne fera pas de miracles impossibles à accomplir dans une Europe des marchés et une mondialisation ultra libérale où les seuls vrais dirigeants sont les financiers. Elle promet tant de choses aux femmes, aux jeunes, aux vieux, aux mal logés, aux sans-logis, aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs, aux personnels hospitaliers, aux actifs, aux chômeurs, aux retraités, aux classes moyennes, aux nécessiteux, qu’on a l’impression que demain on rasera gratis. Hélas, il est loin de la coupe aux lèvres et la plupart des promesses électorales tomberont, goutte à goutte, sur le sable de nos illusions.

Je me méfie de ces néo-socialistes cathos, qui brandissent d’une manière ostentatoire, tels Sarkozy et Le Pen, le drapeau tricolore et s’égosillent à chanter " la Marseille ". " La Marseille ", dont les paroles sanguinaires n’ont plus lieu d’être à l’heure actuelle était, à l’origine, un chant révolutionnaire et non un hymne vidé de son sens insurrectionnel par la droite réactionnaire et l’extrême droite. Pour ce qui est du drapeau national, il est bon de rappeler qu’il porte des couleurs " royalistes " puisque le bleu représente les Capétiens, le blanc les Bourbons et le rouge les Carolingiens, trois dynasties qui, durant dix siècles, aidées de la noblesse, ont écrasé et pressuré le peuple, ce qui a conduit à la révolution. Drôle de symbole, en vérité, pour une République laïque …

Ségolène Royal – plus royaliste que le roi ! – et ses pairs ont renié le drapeau rouge du mouvement ouvrier et " l’Internationale " qu’entonnaient si fièrement leurs ancêtres de la S.F.I.O. (Section Française de l’Internationale Ouvrière) ; c’est dire qu’ils hurlent  avec les loups !

Malgré ces divergences quasi rédhibitoires, j’irai voter pour elle, sans aucune illusion, simplement dans l’espoir d’empêcher Sarkozy, un individu réellement dangereux, d’accéder à la présidence et de drainer avec lui un cortège d’injustices et de rapines légalisées avec des riches toujours plus riches, des pauvres toujours plus pauvres et un nombre croissant d’exclus.

Mais j’irai voter la mort dans l’âme et à reculons, pour deux raisons essentielles. La première est que j’ai fait mienne, depuis longtemps, la phrase de la révolutionnaire Paule Minck : " Le suffrage universel est une arme à double tranchant et c’est toujours le peuple qui est blessé " ; la seconde parce que, comme l’écrivait si brillamment Proudhon : "Etre gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, condamné, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu … Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !"

Est-ce pessimisme ou réalisme de penser qu’avant de voir des gouvernants, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, changer radicalement notre planète afin que les mots " Liberté, Egalité, Fraternité " ne soient plus des termes illusoires, les poules auront des dents, car il n’est pas de sauveur suprême … ni Ségo, ni Sarko, ni les autres !

Poisson-chat (08 avril 2007)

 

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