metiers-facteur-00003[1]

 

Comme on dit aujourd’hui, c’est devenu tendance

D’édulcorer les mots sans en changer le sens.

Technicien de surface, c’est mieux que balayeur,

Préposé au courrier sonne mieux que facteur !

De nos jours, la caissière est baptisée hôtesse,

Qu’on ne voit guère en l’air mais assise à sa caisse !

Ces termes trop ronflants pour des métiers ingrats

Ne sont que flatteries car le fric ne suit pas !

Tous les mots méprisés, c’est mon vocabulaire,

Celui qu’on m’enseigna à l’école primaire.

Très tôt j’avais appris à aider un aveugle

Pour traverser la rue, descendre d’un trottoir,

Point de ces … noms voyants pour remplir son devoir !

Le clochard de l’époque il avait de la gueule

Avec son calendos et buvant son litron

De gros rouge qui tache, allongé sous un pont !

Quand il nous arrivait d’être un peu constipés

Une dragée Fuca et le tour était joué !

Maintenant il faut dire avec un air pincé,

Excusez-moi d’avoir le transit perturbé.

On ne licencie plus, on fait un plan social,

La grève est désormais un mouvement social,

Chômeur est remplacé par demandeur d’emploi,

Lequel après des mois sera en fin de droits.

Quant au pauvre il devient un défavorisé,

Fini pour lui la dèch’, viv’ la précarité !

Il ne rejoindra pas sa lugubre banlieue

Nommée quartier sensible, ô vocable vicieux ! 

Resté sur le carreau et privé de labeur,

 

imagesCA70245Q

Il s’en ira contrit vers un resto du cœur,

Qu’on appelait jadis la soupe populaire

Lorsque le salarié n’était qu’un prolétaire.

L’insipide senior, uniforme et sans âge

A rangé au placard nos vieilles et nos vieux,

Leur accent chevrotant, la ride au coin des yeux,

Qui racontaient si bien d’immobiles voyages !

Un chat était un chat dans mes jeunes années,

Ah ! quelle hypocrisie ces mots édulcorés ! 

 

 

 

 

Poisson-chat (14 juillet 2010)

 

 

 imagesCATGM532