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      Tu viens de naître ou tu verras le jour au cours de cette année exagérément fêtée et tu ne peux deviner dans quel guêpier tu vas fourrer tes petons mignons !

      Enfant de l’an 2000, de la campagne ou de la ville, ne prend pas les chemins de tes parents sinon tu te fourvoieras car ils conduisent tous à des impasses et quelquefois au bord de précipices.

      Si tu nais sous des cieux cruels, tu supporteras des conditions de survie abjectes, le dénuement, la malnutrition, la famine, l’ignorance. Parfois, tu chercheras ta nourriture parmi les immondices, tu trimeras au fond des mines, tu te prostitueras pour grappiller quelque aumône.

      Si tu nais chez nous, tu connaîtras les crèches insuffisantes, les écoles surchargées, les universités vétustes, la course aux diplômes avec au bout les petits boulots sous-payés, le travail à temps partiel ou précaire et, apothéose, le chômage ! Si tu es malade, tu expérimenteras les hôpitaux manquant de personnels et de moyens ; en cas d’urgence, tu poireauteras le long d’un couloir faute de place. Tu connaîtras les fermetures de classes, de cliniques, de postes, de services publics de proximité parce que jugés non rentables. Devenu adulte, tu paieras des impôts qui serviront non pas à remédier à toutes ces carences mais à entretenir une bande de parasites, à fabriquer des armements démoniaques, des sous-marins nucléaires et des monuments coûtant des sommes astronomiques attestant de la folie des grandeurs de nos dirigeants.

      En dépit d’un perpétuel mécontentement,  sans doute te laisseras-tu bercer par le chant rassurant des sirènes conservatrices ou par les cantiques des néo-socialistes ! À coup sûr, tu goberas les paroles mensongères et les contrevérités des politiciens et des gourous de tout parti, de toute religion, qui te rouleront dans la farine. Tu délégueras tes volontés à des parlementaires qui s’empresseront, les élections passées, de te trahir et ces blancs-seings, que tu leur offriras sur un plateau, te reviendront en pleine poire tels des boomerangs.

      Peut-être seras-tu du côté favorable de la barrière ? du côté des riches, des puissants, qui arroseront de largesses ta servitude ? Ne rêve pas trop cependant ! Tu as plus de malchance de te retrouver du côté des pressurés ou pire à notre époque, des "inutilisables inutiles" mis sur la touche. Si l’exploité peut à la rigueur revendiquer, se défendre, se battre, le purotin n’a plus aucun droit sauf celui salutaire de foutre le feu aux poudres, dernière révolte du désespéré !

      Il y a tellement à raconter à propos de l’organisation planétaire, qu’il faudrait peindre un tableau sanguinolent et noir éclairci néanmoins de légères touches d’espoir jaillissant du combat de ceux qui refusent l’écrasement …

      En parlant de noir, tu assisteras, quasiment désarmé, aux marées du même nom, à la destruction de la couche d’ozone et au réchauffement de la terre, fauteur de cataclysmes et tout cela dû au plus terrible des prédateurs : l’homme et son invention démentielle du profit, complice de tous les pouvoirs. Il suffit d’observer les magouilles politico-financières pour en être convaincu.

      Notre malheur vient de ce mot maudit, le profit. Il suffirait de le supprimer avec ce qu’il englobe de suprématie, de rivalité, de mégalomanie, pour que la plupart de nos maux disparaissent.

      La notion de profit n’est qu’une élucubration née du cerveau dérangé de l’homme. Ce profit crée des richesses artificielles, elles aussi, appartenant à une poignée d’individus afin qu’ils puissent asservir leurs semblables. Comprendras-tu que l’appât de l’argent, la convoitise de biens, de territoires, de nations, conduisent à des comportements extrêmes dont le plus horrible est la guerre ? Et que pour opposer les imbéciles que nous sommes, pour mieux les faire se déchirer, se haïr, s’entre-tuer, on leur laisse croire qu’ils vont sacrifier leur existence à une noble cause !

      Verras-tu, à ton tour, resurgir cette autre marée noire, le fascisme, issu de l’incurie des gouvernants, armateurs de navires en perdition, archaïques et usés jusqu’à la coque ? Récemment, en Autriche, il a été officialisé et beaucoup de jeunes ignorants, fascinés par ce qu’il pensent être du neuf : l’ordre botté, le racisme, la xénophobie, ont voté en faveur de ce fléau ! Heureusement, ils ne sont qu’une minorité mais trop, déjà, pour relâcher la vigilance ! Durant le deuxième conflit mondial, le bruit des pas cadencés a martelé mes oreilles de petite fille. Entendras-tu résonner, sous la voûte de nouveaux bras tendus : "Heil Haider !" ?

      Lorsque tu auras grandi, tu assisteras certainement grâce à l’inévitable Internet, au Forum économique mondial qui se tient à Davos en Suisse et qui réunit l’élite de la politique et de l’économie, c’est-à-dire ceux qui régentent le monde. Ils ont discuté, il y a plusieurs semaines, de la lutte contre la pauvreté ! C’est à se tordre de rire ou à trépigner de rage impuissante lorsqu’on sait que la pauvreté, ce sont eux qui la fabriquent avec leur mondialisation de l’économie ultra libérale qui rend les pauvres toujours plus pauvres et de plus en plus nombreux au sein même des pays nantis. Une seule loi prévaut, la loi des multinationales, lesquelles n’ont pas du tout envie de se faire hara-kiri et qui continueront de s’enrichir de la misère des peuples y compris de celle innommable des enfants !

      Peut-être seras-tu épargné par la violence qui atteint souvent la jeunesse démunie et paumée. Les responsables ne proposent aucune solution originale. Ils se contentent uniquement de déclarations tonitruantes, de discours lénifiants, de préconiser des mesures musclées, emplâtres sur une jambe de bois, en oubliant volontairement de dénoncer les causes de ce phénomène social, de dire que notre système n’est que violence, violence des mots, des images, des actes, des structures coercitives, des Etats.

      Ils prêchent la paix un fusil à la main ! Ils parlent de fraternité alors qu’ils ont forgé la hiérarchie, les frontières, les patries, les religions, pour mieux diviser ! Ils promettent le paradis faisant fi de l’enfer terrestre imposé à une multitude !

      Enfant de l’an 2000 emprunte des chemins novateurs, érige une société où chacun travaillera selon ses forces et ses possibilités et recevra selon ses besoins, où l’enfant vivra une enfance choyée, où le producteur sera respecté et le vieillard honoré et non une société sordide qui admet, sans vergogne, que les deux tiers de l’humanité crèvent de faim en usant ses forces aux labeurs dégradants et à la mendicité !

Poisson-chat (28 janvier 2000)261577_558596030832846_2117252096_n[1]