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Monsieur le président,

… Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps …

Je vous écris pour vous crier mon indignation ! Après Vincent Humbert que sa mère admirable a aidé à mourir, après Chantal Sébire qui a été contrainte de mettre fin à ses jours, voici le jeune Rémy Salvat obligé, lui aussi, de se donner la mort parce que dans notre douce France, où la loi autorise seulement le " laisser mourir " - quel manque d’humanité et quelle hypocrisie ! - on refuse aux gens atteints de maladies incurables, dégénératives, sans aucun espoir d’amélioration, le droit de ne plus vouloir supporter leurs interminables souffrances, leur déchéance physique et morale, en un mot le droit d’arrêter leur calvaire !

Dans quel pays vivons-nous ? Est-ce vraiment le pays des droits de l’Homme, phare qui éclaira jadis le monde entier ? Des pays voisins comme les Pays-Bas, la très catholique Belgique et récemment le Luxembourg ont adopté une loi qui permet à ceux qui le désirent de quitter ce monde, dignement, selon leur ultime volonté, leur " dernière liberté ". Aucun abus, aucune dérive, n’ont été constatés, au contraire.

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Combien faudra-t-il de morts " médiatisés " sans compter les innombrables suicidés de l’ombre pour qu’enfin, un vrai débat démocratique - car sauf erreur, nous sommes bien en démocratie, le peuple est bien souverain ? -  s’ouvre sur ce sujet brûlant de l’euthanasie volontaire alors qu’on sait que 85 % des Français y sont favorables ?

Vos idées philosophiques personnelles - pourquoi ne pas dire franchement religieuses ? - ne regardent que vous car " la liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ".

Et normalement, nous sommes dans un pays laïque mais je commence fort à en douter. Je pense, au contraire, que la France est toujours la fille aînée de l’Eglise avec tout ce que cela comporte d’intolérance et d’intolérables interdits.

Pour revenir sur vos idées philosophiques personnelles, vous avez répondu au jeune Salvat : " … je crois qu’il ne nous appartient pas, que nous n’avons pas le droit d’interrompre volontairement la vie ".

Quand un conflit ou une guerre éclate, les responsables des Etats, dont vous faites partie, ont-ils autant de scrupules ? Non, ils envoient sans vergogne au casse-pipe des garçons de l’âge de Rémy Salvat.  Ils vendent également des armes - la France est le troisième pays pourvoyeur d’armements - qui ne serviront certes pas à semer du blé  mais à semer la mort ! Où est donc ce respect de la vie que vous prônez à tout-va ?

Depuis que la loi sur l’IVG a été votée en 1975, il y a moins d’avortements qu’avant cette date. Aucune femme n’en abuse car un avortement n’est jamais une partie de plaisir même lorsqu’il est pratiqué par un médecin et dans de bonnes conditions. Il en sera de même pour l’euthanasie volontaire. Il est certain que si une loi est votée, il y aura moins d’euthanasies clandestines, comme il en existe à l’heure actuelle et que d’aucuns font semblant de ne pas voir !

Je tenais à vous dire que je suis révoltée de constater que dans mon pays, souvent à l’avant-garde de grandes réformes généreuses, des gens soient obligés de se supprimer avec les moyens du bord qui sont souvent des moyens violents, à cause des " idées philosophiques personnelles " du premier citoyen de la nation !

Recevez, Monsieur le président de tous les Français, l’expression de ma profonde déception.

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